Interview : Rosamund Pike incarne un rôle sombre dans HHhH

Après Gone Girl, l’actrice anglaise incarne cette semaine dans HHhH la femme du criminel de guerre nazi Reinhard Heydrich, bras droit d’Himmler et instigateur de la solution finale. Un rôle sombre pour une comédienne particulièrement lumineuse.

Pourquoi avez-vous accepté ce rôle de Lina Heydrich, femme de tête qui a poussé son mari à entrer dans le parti nazi ?

Rosamund Pike : J’avais vu le film du réalisateur Cédric Jimenez, La French. Vous savez, beaucoup de gens disent qu’ils veulent faire un film comme French Connection, mais lui l’a vraiment fait. Et puis, c’est un challenge intéressant de jouer une nazie. De la jouer finement, de ne pas seulement en faire un monstre, mais d’essayer de la comprendre. C’est un très bon exercice en tant qu’être humain de tenter d’avoir de l’empathie pour une idéologie qui n’est pas la vôtre.

 

Comment vous êtes-vous préparée pour ce rôle ?

J’ai lu de la propagande nazie et essayé d’imaginer ce qu’était l’Allemagne des années 30, des gens qui regardent l’horreur en face, mais en l’occultant.


(c) Légende Films

Lina Heydrich a toujours dit qu’elle ignorait tout des actions de son mari.

Je n’y crois pas une seconde. Bien sûr qu’elle savait ! Elle est devenue de plus en plus distante avec lui, mais les informations circulaient tout de même et il régnait une atmosphère forcément effrayante. La manière dont les gens ont recalibré leur cerveau pour se persuader eux-mêmes que c’est bien de tuer un autre être humain ou pour croire qu’un autre être humain n’est pas un être humain, mais quelque chose d’inférieur, est vraiment impressionnante. Je ne peux pas l’imaginer, mais j’ai dû l’imaginer.

 

Reinhard Heydrich aurait été le même homme sans elle ?

Non, certainement pas. Il était ambitieux, mais il n’avait pas la persévérance suffisante pour arriver à ses fins.

 

Vous pensez que, sans elle, la Seconde Guerre mondiale aurait pris une autre tournure ?

Ça, c’est une grande question. Peut-être, mais je pense que Himmler avait son planning et qu’il aurait trouvé quelqu’un d’autre pour exécuter son projet.


(c) Légende Films

Il paraît que Lina Heydrich a demandé une pension à l’armée allemande.

Oui, et elle l’a obtenue en tant que femme d’officier victime d’un acte de guerre. Elle a même transformé la résidence secondaire d’Heydrich sur l’île de Fehmarn en bed and breakfast.

 

Est-ce qu’on se met en danger en jouant ce genre de rôle aussi négatif ?

Je ne pense pas, parce que je me suis mis des barrières.

 

Quel effet cela fait de se retrouver projetée dans les années 30 ?

C’est super. J’ai adoré, en particulier parce qu’il y a dans ce film une tension entre une grande beauté et une grande laideur. D’un côté, vous avez ce mode de vie luxueux avec de belles couleurs, des gens élégants, et de l’autre, les heures plus hideuses de l’histoire.

 

Est-ce que vous avez aimé vous habiller à la mode des années 30 ?

Beaucoup, je trouve que les coupes de l’époque me vont bien !


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On peut faire le parallèle entre Lina Heydrich et votre personnage d’Amy, femme délaissée dans Gone Girl, de David Fincher.

Vous trouvez ? Oui, peut-être dans ce qu’il leur arrive après, mais Lina a créé un monstre et le monstre l’a détruite. Amy, elle, agit plus par narcissisme. Ici c’est Heydrich le sociopathe, alors que dans Gone Girl c’est Amy.

 

Comment choisissez-vous vos rôles ?

En fonction du réalisateur… enfin maintenant, parce qu’avant je n’avais pas le choix. Un film naît ou meurt entre ses mains, et vous devez croire en sa vision. J’ai fait des erreurs par le passé en choisissant des rôles dans des films où le metteur en scène ne savait pas ce qu’il voulait.

 

Qu’est-ce que votre rôle de James Bond Girl dans Meurs un autre jour a changé dans votre vie ? C’est la clef de votre carrière ?

Non, pas du tout. C’est un début, mais c’était un début très difficile, car vous avez énormément de reconnaissance, et en même temps très peu de respect. C’est comme un « showcase » géant, mais personne ne vous admire lorsque vous jouez dans un James Bond. Personne n’imagine que vous êtes une bonne actrice. Sortir de cette image prend du temps.

 

Et qu’est-ce que Gone Girl a changé ?

Gone Girl a assurément déverrouillé mon image et montré que je pouvais tenir des rôles dans lesquels se superposaient des couches extrêmement complexes. Il y a eu un avant et un après Gone Girl dans la profondeur des personnages qu’on m’a offerts.

 

Qu’est-ce qu’on vous dit quand on vous reconnaît dans la rue ?

La plupart du temps, les gens qui ne vous aiment pas ne vous parlent pas, donc ceux qui m’arrêtent aiment mon travail. Je ne suis pas naïve, je sais que certains pensent que je suis nulle, mais ceux qui d’adressent à moi sont sympas.


(c) Légende Films

Vous pouvez marcher tranquillement dans la rue à Paris ?

Oui, je peux marcher dans la rue un peu partout. J’essaie d’adopter l’attitude la plus anonyme possible. Ça ne marche pas toujours, mais j’ai des enfants que je dois aussi protéger. Et puis, j’ai grandi à Londres et je sais que je peux me balader partout en sautant dans un taxi.

 

Quelle est votre relation avec la France ?

J’adore ! J’adore être ici, j’adore la french attitude, je la trouve inspirante. J’adore la langue, la nourriture, le vin (rires). J’aime cette façon de vivre. Je parle un peu français, mais il faudrait que je reprenne quelques leçons. J’ai appris à l’école et en voyageant.

 

Vous vous souvenez de votre première venue en France ?

Oui, mon père était chanteur d’opéra et il jouait à Paris avec Peter Brook. Je suis venue le voir et je me souviens qu’il louait un tout petit appartement à Montmartre. Je me rappelle que c’est la première fois que j’ai goûté de l’ail, car on ne le cuisine pas en Angleterre. C’était très excitant, car il m’envoyait toute seule acheter la baguette. Je me baladais dans Montmartre et je trouvais ça magique. Et c’est encore le cas. Je me souviens aussi que c’est à Paris que j’ai vu les tableaux des impressionnistes pour la première fois. J’ai même fait le passage à l’an 2000 dans les rues de la capitale. C’était génial.

 

Pour terminer, vous rêviez de tout ça quand vous étiez enfant ?

De devenir une actrice oui, mais je n’aurais jamais pensé devenir connue. Je j’imaginais faire du théâtre, pas du cinéma. Je n’y crois toujours pas, c’est encore un choc (rires).

 

Un mot de conclusion ?

C’est encore un choc (rires) ! Mais j’essaie de continuer à m’améliorer. Ça prend du temps. Je me sens plus libre qu’avant, mais je tente toujours de faire de mon mieux.

 

Ça a l’air de marcher.

Vraiment ? Merci !

 

HHhH, de Cédric Jimenez, avec Jason Clarke, Rosamund Pike, et Jack O’Connell. Thriller historique. Sortie le 7 juin. Pour en savoir plus sur ce film c’est ici

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