Interview : Sofia Boutella aux côtés de Tom Cruise dans La Momie

Danseuse pour Madonna et égérie de Nike dans la vraie vie, extraterrestre extra à l’écran dans Star Trek 3 et désormais momie terrifiant Tom Cruise dans La Momie… l’actrice et danseuse franco-algérienne tombe les bandelettes pour nous.

Pourquoi avez-vous accepté ce rôle emblématique de la momie ?

Sofia Boutella : J’ai refusé au début, parce que j’avais peur de jouer un monstre qui déambule en effrayant les gens. J’avais aussi beaucoup d’admiration pour le film originel de 1932 avec Boris Karloff et j’avais peur qu’on le trahisse. Et puis, j’ai parlé au réalisateur qui m’a confié ô combien lui aussi admirait le film orignal et à quel point il voulait lui rendre hommage. Donc, je me suis dit que finalement jouer un monstre était une super idée. Et puis, le réalisateur en a fait une femme, puissante et forte. Et de nos jours on a besoin de voir des personnages de femmes fortes.

 

Reprendre l’un des rôles du grand Boris Karloff, qui est aussi l’inoubliable interprète de Frankenstein, ça met la pression ?

Oui, parce qu’il l’a rendu iconique. Et 80 ans plus tard, je décroche le rôle. C’est beaucoup de pression. Mais j’ai compris que la seule façon de m’en sortir, c’était de travailler dur. Et puis, c’est une incroyable opportunité et une chance qui m’ont été données.

 

Comment vous êtes-vous préparée pour incarner la momie ?

J’ai fait pas mal de recherches sur l’Égypte ancienne, la mythologie, les rois et les reines. Je voulais savoir comment ils étaient décrits ou peints. J’ai étudié leur posture pour savoir comment ils se tenaient, quel était leur langage corporel. Comment se comportait un pharaon ? Mon personnage n’est jamais devenu pharaon, mais elle a toujours voulu l’être, et même une fois maudite, elle reste une reine. Et je n’ai pas ça en moi, il fallait que je le trouve, que je trouve son rythme.

 

Est-ce que votre background de danseuse vous a aidé à composer le personnage de la momie ?

Honnêtement, mon background de danseuse me sert dans tout ce que je fais. Et je prête aussi beaucoup d’attention au langage corporel. La façon dont les gens s’assoient, parlent, se déplacent, bougent leur tête, ce qu’ils font avec leurs mains. Ça me raconte tellement sur leur histoire. Si vous êtes introverti, extraverti, timide, arrogant, con. Et je crois que mon regard en tant que danseuse m’a aidé à capturer ça en un coup d’œil. Quand je travaille un personnage, je me demande comment il bouge. Et je veux que chaque personnage soit différent. C’est comme pour les vrais gens, tout le monde est différent. Je me demande donc ce que je peux trouver de spécial qui n’est pas inscrit dans le scénario.

 

Et que pensez-vous de mon langage corporel en ce moment, alors ?

Tu as ton ordinateur sur les genoux, j’imagine que tu l’as toujours sur les genoux, mais tu es assis de manière simple, plutôt neutre, contrairement à moi. Je suis fatiguée, c’est pour ça que j’allonge mes jambes, mais j’essaie de composer un personnage, parce que je donne une interview. Mais si je m’asseyais comme ça, penchée en avant le coude sur le genou et la main sous le menton, je deviendrais quelqu’un d’autre.

 

Est-ce que travailler avec une star de la musique comme Madonna est différent de travailler avec une star de cinéma comme Tom Cruise ?

C’est amusant, que ce soit avec Tom Cruise ou Madonna, ils ont tous les deux cette immense conscience professionnelle. Ils travaillent très dur, ils sont passionnés par ce qu’ils font. Ça m’a encouragée à bosser encore plus.

 

Combien de fois on vous a demandé ce que ça faisait d’embrasser Tom Cruise ?

Tous les jours (rires) ! Il ne se passe pas une heure sans qu’on me le demande. Mais ça dépend du contexte. Ce n’était pas : « Oh mon dieu, j’ai embrassé Tom Cruise ! », comme une midinette. Tout ça s’inscrit dans l’histoire, et puis ça fait partie du job, quoi ! Mais j’étais contente qu’on ait pu travailler un bout de temps ensemble avant et qu’on s’apprécie. Parfois, il faut embrasser quelqu’un alors qu’on ne l’aime pas. Là, ce n’était pas le cas.

 

Et combien de fois on vous a demandé ce que ça faisait de lécher le visage de Tom Cruise ?

(Rires) C’était très amusant, ça. C’était une idée totalement improvisée du réalisateur. Il s’est approché de Tom Cruise et lui a dit : « J’ai une idée un petit peu bizarre, mais si elle te léchait le visage ? ». Tom a ouvert de grands yeux, et il a dit : « Yeah ! » J’ai regardé Tom, et j’ai dit : « Yeah… Heu, tu vas te laver les joues avant ? Non, je plaisante. » Et on s’est bien marrés. On l’a fait plusieurs fois, et Tom qui criait : « Vas-y ! Vas-y ». Et moi, je lui disais « Désolée, c’est le rôle ».

 

Ça fait quoi d’avoir Hollywood à ses pieds ?

Hollywood n’est pas à mes pieds (rires), mais je me sens très chanceuse de pouvoir y faire quelques films. Ce n’était pas ma première intention. Je n’ai pas débarqué là-bas en me disant : « Je vais devenir une star à Hollywood ! » Je voulais juste jouer, j’aurais été très heureuse de faire un film indépendant diffusé dans un cinéma de quartier. Ce que j’ai fait d’ailleurs, c’est juste que les gens me connaissent plus pour les blockbusters. Après la tournée avec Madonna, j’ai eu des petits rôles pendant deux ans. Ça aurait pu durer longtemps, car j’étais heureuse comme ça, et ça a commencé avec Kingsman : Services secrets. Ça m’a ouvert des portes à Hollywood. Mais à la base, je suis allée à Los Angeles parce que ma mère et moi avions perdu notre logement à Paris.

 

Vous êtes déçue d’avoir été adoptée plus vite par Hollywood que par la France ?

Non, je n’ai pas ce genre de regard sur mon parcours. Je n’ai pas quitté la France parce que je n’étais pas acceptée ou que les choses ne se faisaient pas. Je suis partie parce que j’aime l’aventure et que je voulais voir d’autres cultures et d’autres façons de travailler. Le succès est arrivé là-bas parce que j’y ai passé plus de temps. J’aurais été ravie que ça arrive ici, mais ça ne s’est pas fait.

 

C’est le retour des comédies musicales avec le succès de La La Land. C’est quelque chose que vous aimeriez faire ?

Je n’y suis pas opposée, j’adorerais en fait. J’ai juste besoin du bon projet. Je lis tout ce qu’on m’envoie, mais ça dépend de la qualité du script. Et si ça doit se faire, ça se fera. En attendant, la dernière fois que j’ai dansé, c’était pour un Super Bowl avec Madonna. Je n’ai plus dansé depuis, ça doit faire cinq ou six ans, maintenant.

 

Et ça vous manque ?

Pas du tout (rires).

 

La Momie, d’Alex Kurtzman, avec Tom Cruise, Sofia Boutella et Annabelle Wallis. Épouvante. En salle actuellement. Plus d’infos ici