James Crumley – Fausse piste

« Il écrit avec un coyote écrasé au milieu du désert dans le cœur. » Nous garderons cette belle formule de Caryl Férey, dans sa préface à la réédition du deuxième roman de James Crumley, Fausse Piste, publié en 1975.

Les fantômes d’un privé

Avec cette nouvelle traduction, l’éditeur Gallmeister nous propose un magnifique objet, emballé dans une élégante robe de deuil, illustré par les dessins très graphiques noir et blanc de Chabouté, comme les livres de jadis. Cette enveloppe toute en finesse témoigne bien de ce que nous avons entre les mains, une belle littérature classique. L’auteur, disparu trop tôt (2008), méconnu, fut l’une des figures marquantes de l’école dite du Montana, de la ville légendaire de Missoula, dont on disait alors que tous les habitants, du chauffeur de taxi au maire, écrivaient des romans. Fausse Piste raconte les déboires d’un détective Milo Milogradovich, aux prises avec l’alcool, la drogue, la police et les manipulateurs en tout genre. Il est difficile de ne pas penser à Raymond Chandler, même si son héros est plus autodestructeur que Phillip Marlowe. Si la figure du privé sans travail et qui en pince pour une cliente est archi connue – ici une femme lui demande de rechercher son frère disparu – James Crumley, menant son récit à la première personne, nous plonge dans la psyché brumeuse d’un homme désespéré. L’intrigue très touffue compte peut-être moins que l’errance, les arrêts buvettes très fréquents dans les bars ou les notations poétiques. « Elle sortit de son transat avec autant de grâce que si elle eût été mue par des filins d’argent. » Un polar déguisé en autobiographie. Une fausse piste en quelque sorte !

Éditions Gallmeister
Traduit de l’américain par Jacques Mailhos
Illustrations de Christophe Chabouté
23,50
€, 397 pages.