J’avais un beau ballon rouge

Comment raconter la naissance des Brigades Rouges sans tomber dans le piège du didactisme ? Secoué par le texte à la fois sanguin et documentaire d’Angela Dematté, Michel Didym (mise en scène-adaptation) y répond sous un angle intime.

Un choix qui lui permet de mêler peinture d’une femme en mouvement et photographie d’un moment particulier de l’histoire italienne. Mais aussi de confronter deux visions du monde – une fille engagée, un père petit bourgeois – et surtout de réunir Richard et Romane Bohringer… auréolés d’un « Coup de Cœur du Théâtre Public«  en 2013 pour leur interprétation !

On y suit le destin fulgurant de Margherita Cagol (Mara) qui choisit de voir rouge plutôt que de broyer du noir en aiguisant sa conscience politique à la faculté de sociologie de Trente et en épousant Renato Curcio, fondateur et idéologue des Brigades Rouges. S’ensuivent la ferveur des engagements anars, la lutte armée, les enlèvements et la date fatidique du 6 juin 1975.

Mais attention, spoiler ! Extrêmement rigoureuse sur le plan historique, nourrie d’archives, cette pièce (créée au Théâtre de la Manufacture de Nancy en janvier 2013) restitue à merveille cette ambivalence entre rêves de justice sociale et radicalisme. L’essentiel se noue pourtant dans la relation conflictuelle entre le Père et la Fille : Mara veut refaire le monde, lui voudrait qu’elle « fasse des poupards ! Véritable petit soldat bravache, Romane Bohringer fait pétiller son personnage de pasionaria. Richard, lui, est idéal dans le rôle du bon conservateur chrétien, le regard traversé de nuages.

La scénographie conçue par Jacques Gabel est futée et l’ensemble est emballé sans effets de manche. Soulignons enfin la belle traduction du dialecte ladin (du Nord-Est de l’Italie) cosignée par Caroline Michel et Julie Quénehen, prétexte à une gouaille délectable. Un chouette de bath spectacle comme on disait en 1970 !

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Note : 4/5