Jean-Pierre Bacri ne râle plus (trop)

Loin de l’étiquette de râleur qu’on a pu lui coller, Jean-Pierre Bacri est de retour, plus touchant que jamais, dans La Vie très privée de Monsieur Sim d’après le roman de Jonathan Coe, en dépressif sympathique et bouleversant.

Pourquoi avez-vous eu envie de faire ce film ?

Jean-Pierre Bacri : Oh bah, c’est riche quand même et j’ai beaucoup aimé le scénario. Et puis, j’étais assez enthousiaste avant tout parce que le personnage est énorme. Il y a plein de choses à défendre et à jouer.

Et… Euh…

Bon ben, salut !

Salut ! C’était bien.

Ça s’est bien passé, franchement. Il n’y a pas eu de problèmes. On s’est bien entendus. À un de ces jours (rires).

Vous jouez encore un personnage de dépressif ?

Avant, on me disait : « Vous jouez beaucoup les râleurs », maintenant ce sont les dépressifs. Ça me fait deux étiquettes, c’est sympa. Mais je ne me dis pas : « Encore un ! ». C’est comme l’idée que “Tous les Asiatiques se ressemblent” : c’est pas vrai, c’est juste que les gens les regardent de loin. Eh bien, quand on me regarde de loin c’est ce qu’on se dit aussi. Si on s’approche un peu, on voit qu’il y a des nuances différentes.

Qu’est-ce qui a été le plus difficile à faire sur ce film ?

Non, je peux pas vous dire quelle scène, sinon après tout le monde va se dire : regarde, c’est là qu’il a eu des difficultés (rires). Non, c’était un rôle intéressant à jouer, mais très difficile parfois. Je n’allais pas au bureau.

C’est agréable de se remettre en question. Est-ce que le cinéma peut changer le monde ?

À condition que les poules aient des dents, oui. Mais sinon, changer deux ou trois personnes, c’est déjà pas mal. Moi je sais que je ne suis pas le même mec depuis que j’ai connu les livres, particulièrement un, L’Homme sans qualité de Robert Musil. Le personnage d’Ulrich, je me suis dit : « Je veux être ce mec-là ». Mon but, c’est d’avoir cette indépendance d’esprit-là. Donc je pense que ça sert à quelqu’un. Quand Agnès Jaoui et moi on écrit un truc, on sait que ça ne va pas changer le monde, certains points de vue vont changer chez 4, 5 personnes ou 10 ou 50 ou 22. C’est un détail, mais c’est quand même une vraie victoire.

Quel effet ça fait d’être culte ?

Je suis culte, moi ? Je sais qu’il y a certains des films que j’ai faits qui le sont. Moi, j’en sais rien. Comme je ne suis pas moi-même très idolâtre, je ne voudrais pas non plus être trop culte. Je préfère être vu comme je suis. Pour moi un homme est un homme, après, qu’il fasse des beaux films ou une Tour Eiffel en allumettes, bravo ! J’adore les allumettes, mais sans plus.

Quels sont vos projets ?

Je pars en Belgique et en Pologne tourner une espèce de road-movie entre deux croque-morts avec Olivier Gourmet et Arthur Dupont. C’est assez drôle et bien écrit. Et ensuite, on est en train de terminer avec Agnès Jaoui un scénar qui s’appelle Place Publique. Et on jouera tous les deux, en septembre, Les Femmes savantes de Molière au Théâtre de la Porte Saint-Martin.

Pour terminer, quel effet ça fait d’être sorti le même jour que le nouveau Star Wars ?

Mais, j’emmerde Star Wars ! On va leur monter comment on s’appelle à Star Wars ! On va leur tailler des croupières. Contrairement à ce que croit tout le monde, on va passer devant Star Wars. Même à l’international. Après on fera Monsieur Sim 2. C’est prévu. On a marché très, très fort en Bolivie (rires). Non, on n’est pas sortis. Mais en tout cas, on ne se fait pas de soucis. Star Wars a un public, et les gens peuvent voir les deux.

Un mot de conclusion ?

Luttons, et quand il faudra résister, on résistera, et ce sera un temps joyeux.

La Vie très privée de Monsieur Sim, de Michel Leclerc, avec Jean-Pierre Bacri, Mathieu Amalric, et Valeria Golino. Comédie dramatique. En salle actuellement.