Jennifer Lawrence, belle mère dans Mother !

Du haut de ses 27 ans, la petite fiancée d’Hollywood est devenue la mère du Mother ! de Darren Aronofsky, une œuvre dérangeante que Jennifer Lawrence défend avec conviction.

La maison où débarquent des « invités » envahissants est un personnage à part entière du film. Vous avez eu peur dans cette grande maison isolée ?

Jennifer Lawrence : J’ai vécu avec un démon, une fois (rires). J’étais morte de trouille et j’étais persuadée que quelque chose vivait dans la maison. Mais les choses qui m’ont vraiment aidée à faire vivre ce personnage, c’est sa voix, la façon dont elle bouge, les costumes, et bien sûr la connexion avec cette maison. C’était comme un être vivant. Je ne sais pas comment le dire, mais, elle, la maison, est en quelque sorte la mère de mon personnage, donc elle et lui ne faisaient plus qu’un.

Le film est complexe et on peut tous avoir une interprétation différente de l’arrivée de ces inconnus dans cette maison et du chaos qui s’ensuit. En lisant le scénario, est-ce que votre vision était différente de celle du réalisateur Darren Aronofsky ?

Il m’a parlé de son idée originelle, mais je ne savais pas du tout comment il allait mêler dans la narration toutes ces références bibliques, universelles, environnementales, et même féministes. Et quand j’ai lu le scénario, j’étais sous le choc. Je me suis mise à regarder mon parquet et à vouloir le traverser, comme dans le film, en me disant quand même que j’avais un petit problème psychologique (rires). Mais c’est un chef-d’œuvre !  Ce qui est intéressant en effet, c’est que ce qui se passe dans le film peut être interprété de milliers de façons différentes. Est-ce que le sang qui suinte sur le sol représente la maison qui vit en elle, par exemple ? Darren et moi, on est encore parfois en désaccord sur l’interprétation de certaines allégories.

Comment interprétez-vous cette noirceur qui émane du film ?

Au début, quand on parlait avec le producteur, il disait que c’était un film sur nos rages intérieures. Darren nous renvoie face à notre propre miroir. Avant de s’appeler Mother !, le film s’appelait Six jours. Dans la Bible, Dieu a créé l’homme en six jours, et pour moi le film parle de la création et de la destruction de l’univers. Ce n’est pas forcément un miroir de ce que nous sommes maintenant, mais un avertissement sur ce que nous pouvons devenir.


© 2017 Paramount Pictures

Quel est votre propre rapport à la religion ?

Je ne vois pas le film du même point que Darren. Pour moi, la création n’a rien à voir avec la religion. Avant les humains, il n’y avait que la Terre, puis lentement la vie, les plantes, les animaux, et puis l’humain. Darren, lui, croit à la création du monde en six jours.

Vous savez quelles sont ses sources d’inspiration, en dehors de la Bible ?

Pour moi, c’est comme un auteur de chansons. Il a fait des études scientifiques, mais il avait cette histoire, Pi (le premier film de Darren Aronofsky, ndlr), qui brûlait au fond de lui et il s’est dit : « Je veux faire des films ! » Comme si un son devait absolument sortir de lui. Comme un musicien. Et là, je ne sais pas, ça vient en lui comme ça. Il a écrit Mother ! en cinq jours.

Darren Aronofsky a été inspiré par Natalie Portman pour Black Swan, par Rachel Weisz pour The Fountain ou même par Mickey Rourke pour The Wrestler. Quel effet ça fait d’être une muse pour lui, comme vous l’avez été pour David O. Russell avec qui vous avez fait Happiness Therapy, American Bluff et Joy ?

Ça me va, cette idée d’être une sorte de muse de location qui s’adapte à l’occasion. Mais si vous acceptez d’être une muse, vous devez aussi accepter de ne plus l’être du jour au lendemain. Je respecte les artistes, les réalisateurs, je les aide à concrétiser leurs visions, si je les inspire et s’ils aiment ce je fais. Mais je n’y mets pas plus d’affect que ça, car ce n’est que de l’imaginaire.


© 2017 Paramount Pictures

Le film commence comme un thriller puis brouille les pistes pour devenir un film surréaliste, mêlant horreur et délires mystiques. Vous aimiez ça, être perdue ?

Les gens qui travaillaient sur le film étaient partagés et, par conséquent, les spectateurs le sont aussi. Certains ne veulent rien savoir avant d’aller voir le film, d’autres aiment pouvoir reconstituer le puzzle par eux-mêmes. Ma famille a assisté à une avant-première, et je leur ai expliqué auparavant toutes les allégories du film, parce que pour moi, c’est tellement puissant que je ne voulais pas qu’ils passent à côté d’une seule pièce du puzzle. Sur le tournage, quand je voyais ces détails incroyables, comme par exemple des références que le personnage de Javier Bardem fait à Abel et Caïn, je trouvais ça époustouflant et je ne veux pas que les spectateurs ratent ces détails. Mais si vous êtes plutôt du genre à ne rien vouloir savoir, ne lisez pas mes interviews, parce que je balance tout (rires) !

À l’avenir, est-ce que vous aimeriez faire plus de films comme celui-ci, même s’il est plus difficile à vendre au grand public ?

Oui, mais il y a finalement une sorte de liberté par rapport à ça. On ne croise pas les doigts en espérant des critiques dithyrambiques. Le film regarde les gens dans les yeux, et Darren sait qu’il va y avoir toute sorte de réactions. Et je crois qu’il s’en fiche. L’histoire était en lui et il devait l’exprimer. C’est brillant, et moi je crois en cette histoire. Ça crée des réactions tellement viscérales, ça oblige les gens à réagir, et je pense qu’on a besoin de ça. Certains sont prêts, d’autres ne veulent pas en entendre parler. Les réactions sont très radicales. Soit on adore, soit on déteste. Il n’y a pas d’entre-deux. J’aimerais bien sûr faire d’autres films comme celui-là, mais je ne pense pas que ça existe.

Pour terminer, il y a une scène terrible dans le film où Javier Bardem, qui joue un écrivain, est débordé par ses fans. Est-ce que la célébrité est si monstrueuse que ça ?

Pour moi, c’est plus une question d’humanité qui consume sa propre humanité. Les choses vous sautent parfois encore plus aux yeux avec la célébrité. On veut quelque chose, on se contente d’y penser, et hop ! on l’obtient. Mais à l’inverse, j’ai aussi été dans une conférence de presse en Italie où, à la fin, tout le monde voulait un autographe, et 300 personnes se sont ruées sur moi en marchant sur les tables. J’ai cru que j’allais mourir. C’est cette perte d’humanité dont parle le film.

Mother !, de Darren Aronofsky, avec Jennifer Lawrence, Javier Bardem, Michelle Pfeiffer et Ed Harris. Thriller. En salle actuellement.