Jérémy Ferrari en toute irrévérence

Le prodige comique est de retour sur scène, du 21 au 31 janvier, au Trianon. Après la religion dans Hallelujah Bordel, l’humoriste iconoclaste aborde la guerre dans tous ses états avec Vends deux pièces à Beyrouth. De quoi relancer le fameux débat sur les limites du rire.

Jérémy Ferrari, Vends deux pièces à Beyrouth, du 21 au 31 janvier au Trianon, 80, boulevard de Rochechouart, 18è. www.jeremyferrari.fr

Pourquoi avez-vous eu envie de faire ce spectacle ?

Jérémy Ferrari : Pour donner un coup de pied dans la fourmilière, parce qu’on n’arrête pas de parler de la liberté d’expression, mais c’est un débat totalement stérile. Ni les gens qui l’animent, ni les gens qui répondent, n’en souffrent. La liberté d’expression c’est de parler, pas d’en parler. Et dans ce spectacle, je montre comment en user. Je ne vais pas faire un débat sur le cyclisme alors que je ne sais pas faire du vélo.

Pourquoi ce titre : Vends deux Pièces à Beyrouth ?

Comme mon personnage cherche des endroits en guerre pour faire de l’argent, il vivait là-bas parce que c’était la merde. Et quand il voit que ça s’est apaisé, il se dit qu’il n’a plus rien à y faire, donc il revend. Mais il se trouve qu’entre-temps d’autres événements sont survenus.

Il y a donc des gens pour qui la guerre est profitable ?

Pour les marchands d’armes dont les actions montent, et pour les politiques qui montent dans les sondages. Mais pour nous, évidemment, c’est une très mauvaise nouvelle.

Est-ce qu’on peut encore faire rire comme avant, après les attentats ?

Mais bien sûr ! Plus qu’avant même. Si l’horreur progresse, je ne vois pas pourquoi le rire sur l’horreur ne progresserait pas. Toute cette discussion sur « Est-ce qu’on peut rire de tout ? », c’est un débat qui n’existe pas. Il y a des gens qui te diront oui, et d’autres qui te diront non. Ça a toujours été comme ça. Je ne pense pas que Coluche faisait rire 100 % des gens, alors que c’était le comique préféré des Français.

Pourtant Coluche ou Desproges ne pourraient plus raconter les mêmes choses aujourd’hui ?

Je ne suis pas d’accord. Je pense que dans ce spectacle je prouve qu’on peut aller aussi loin qu’on veut à partir du moment où c’est fait pour les bonnes raisons, sans haine et dans une optique d’unification.

Quel message avez-vous envie de faire passer avec ce spectacle ?

Qu’on ment beaucoup aux gens et qu’ils ne sont pas impuissants. Ensemble on peut faire bouger les choses. On ne doit pas continuer à se dire que les présidents qu’on nous propose sont soit des escrocs, soit des mecs à l’ouest, et que c’est normal, que des gens en train de crever de faim dans la rue chez nous ou ailleurs c’est normal, et qu’on ne peut rien y faire. Tout ça, ce n’est pas vrai !

Que peut-on faire alors ?

On se bagarre, on n’est pas d’accord, on gueule, on résiste, on va dans la rue !

Pour terminer, quelles sont vos bonnes résolutions pour 2016 ?

Essayer de faire plaisir aux gens, de les surprendre, de les soulager, de les libérer, de les faire rire, vraiment. (Il s’emporte) Je vais essayer d’apporter un bon coup de frais sur cette liberté d’expression inexistante dont on parle depuis quatre ans ! (Rires). J’en peux plus.

Un mot de conclusion ?

Si tu ne m’aimes pas, c’est une bonne raison de venir me voir.

Et si on ne vous aime toujours pas après, vous remboursez ?

Ah, je ne peux pas (rires).

Jérémy Ferrari, Vends deux pièces à Beyrouth, du 21 au 31 janvier au Trianon, 80, boulevard de Rochechouart, 18è. www.jeremyferrari.fr