Jessica Chastain : rousse libre

Avec son talent aussi lumineux que sa chevelure, Jessica Chastain enflamme Hollywood. Après Zero Dark Thirty et Interstellar, la voici lobbyiste carnassière dans Miss Sloane. L’occasion d’une rencontre tout feu tout charme.


 

Est-ce que comme votre personnage de lobbyiste rattrapée par les affaires, vous allez invoquer pendant cette interview le 5e amendement américain qui vous permet de ne pas témoigner contre vous ?

Jessica Chastain : (rires) Non, ça dépendra de ce que vous demandez.

Pourquoi le choix de vos costumes, luxueux, siglés Saint Laurent ou Victoria Beckham, était si important ?

Les costumes sont très importants pour moi. Dans tous mes films, je travaille toujours avec les designers. Ici, Elizabeth Sloane n’est pas une personne très sentimentale, mais au contraire très pragmatique. Elle mange quand elle a faim, et elle mange toujours la même chose, parce que c’est pratique. Et c’est pareil pour les tenues. Elle porte des vêtements très stricts, presque masculins, mais je ne crois pas qu’elle aime faire du shopping. Quelqu’un doit les acheter pour elle et les mettre dans son armoire pour qu’elle en choisisse un au hasard le matin.

Est-ce que vous aviez du mal à quitter votre personnage en rentrant chez vous ?

Pas ce personnage (rires). Notamment parce que Miss Sloane demandait beaucoup de travail. Le soir, j’apprenais mes textes pour le lendemain, car cette femme parle énormément. Et non seulement elle parle beaucoup, mais en plus elle parle très vite. Sur ce film, j’étais particulièrement seule. Alors quand je rentrais, je n’avais pas beaucoup de distractions, je travaillais.

Est-ce que grâce à elle, vous avez appris à argumenter, à convaincre vos interlocuteurs ?

Pas vraiment, mais pour le coup, elle m’a appris à savoir ce que je ne voulais pas être. J’éprouvais surtout de la tristesse pour elle. C’est la meilleure dans son job, mais elle est obligée de manipuler pour ce qu’elle veut obtenir, et moi je ne veux pas de ça dans ma vie. 

Est-ce que vous avez reçu des pressions de certains lobbys, comme par exemple celui des armes ou du Nutella, qui sont cités nommément dans le film ?

Pas vraiment. Enfin si bien sûr, la NRA, la Nationale Riffle Association (le lobby des armes, ndlr) a violemment attaqué le film, mais c’est plutôt un bon signe pour nous (rires). Il y a beaucoup de choses étranges qui se passent en ce moment aux États-Unis et les temps sont plutôt difficiles pour ce genre de films. J’ai déjà été dans des fictions qui ont créé la controverse comme Zero Dark Thirty sur la mort de Ben Laden, mais je ne pensais pas que le lobby des armes réagirait de façon aussi agressive envers ce film.

Et que pensez-vous de l’élection de Donald Trump ?

Je pense qu’à peu près tout le monde sait ce que je pense de Donald Trump (rires). C’est tellement triste que je n’imagine même pas ce qui peut arriver par la suite.

Sinon, est-ce que comme votre personnage, vous êtes prête à tout pour réussir ?

Non, absolument pas ! Quand vous êtes jeune, vous imaginez que réussir est la chose la plus importante. Mais en fait, ce n’est rien. Le plus important, ce sont vos relations avec les autres.

Ça fait quoi d’avoir Hollywood à ses pieds ?

Je n’ai pas vraiment cette impression… Il y a encore tellement de réalisateurs avec qui j’aimerais tourner. J’essaie juste de m’améliorer, de travailler, mais de ne pas dire oui à tous les projets. Je m’aperçois que quand on me propose une belle histoire avec un super réalisateur, j’ai tendance à dire oui, mais l’année dernière par exemple, j’ai joué dans quatre films et c’est trop. Je pense que cette année je n’en ferai qu’un.

Comment choisissez-vous vos rôles ?

J’aime jouer des personnages différents. J’aime apprendre d’eux. Et j’aime aussi avoir des rôles qui mettent les femmes sur un pied d’égalité avec les hommes, ou qui parlent du challenge que nous vivons dans la société actuelle.

Vous représentez les maisons Piaget ou Saint Laurent. Quel effet ça fait d’être une égérie ?

J’aime ça. J’aime toutes les formes d’art, et pour moi la mode en fait partie. Donc pouvoir collaborer avec ces incroyables artistes qui dessinent des vêtements pour moi ou qui me font participer à leurs créations, c’est très particulier. Quand quelqu’un débarque pour vous dire : « Ça vous dirait de porter cette bague aujourd’hui ? » – « Oui avec plaisir ! » (rires). C’est un vrai cadeau.

Qu’auriez-vous fait si vous n’aviez pas pu faire de cinéma ?

Peut-être institutrice, parce que je me souviens que quand j’étais petite à l’école, quand un professeur s’intéressait à vous, à ce que vous étiez, ça pouvait vraiment vous façonner pour le reste de votre vie. J’aime donc cette idée de travailler avec des enfants et de les aider à grandir et à s’épanouir. Ça doit être le meilleur des jobs.

Quelle relation entretenez-vous avec la France ?

Depuis cinq ou six ans, je me dis que j’aimerais vivre ici, mais je suis aussi attirée par l’Italie, alors c’est un peu compliqué. Je suis un peu coincée entre les deux et je me sens beaucoup plus Européenne qu’Américaine.

Est-ce que vous vous souvenez de votre première venue en France ?

Oui. J’étais au lycée, je faisais un tour d’Europe en sac à dos et je n’avais pas d’argent. C’était avant que je devienne vegan, mais je me souviens être venue à Paris pour manger du fromage avec de la baguette, en pique-niquant sur les quais de Seine. Et la chose qui m’est restée, c’est la lumière. Elle est totalement différente ici à Paris. Elle est rose. Sûrement à cause de la couleur des immeubles qui la réfléchissent. Je n’ai jamais vu ça dans d’autres villes du monde.

Quel est votre film français préféré ?

Il y en a tellement, mais Belle de jour fait certainement partie du top.

Pour terminer, que diriez-vous à la petite fille de 10 ans que vous étiez si vous la croisiez dans la rue ?

Je la prendrai dans mes bras, et je lui dirais combien c’est formidable de la rencontrer. Et, les enfants en général n’aiment pas être trop différents des autres enfants, alors je lui dirais : « Ce que tu n’aimes pas chez toi pour le moment, tu l’aimeras quand tu seras adulte, parce que ce qui te rend différente aujourd’hui, c’est ce qui te rendras spéciale demain. »

Un mot de conclusion ?

C’était une super interview. Merci beaucoup.

Miss Sloane, de John Madden, avec Jessica Chastain, Mark Strong, et Sam Waterston. Drame. Sortie le 8 mars.