Jeune Création, la force du collectif

Malgré son nom, l’association Jeune Création n’est pas une nouvelle venue. Héritière d’une structure historique créée en 1949, elle poursuit le but initial de celle-ci : rassembler et accompagner des artistes contemporains, émergents et novateurs. Sa grande expo annuelle se tient dans quelques jours, pour la 66ème fois.

Lors de son dernier appel à candidatures, l’association Jeune Création a reçu plus de 2000 dossiers. Au final, pour son grand événement annuel, ils sont 60, artistes, mais aussi collectifs ou regroupements informels (qui tiennent un rôle de plus en plus important dans le développement des scènes émergentes) à avoir été retenus. De quoi vraiment entrer dans la lumière, puisque les installations, performances, vidéos ou peintures pas du genre académique de ces talents (majoritairement français, mais aussi internationaux) s’installeront pendant plus d’une semaine dans le cadre prestigieux de la Galerie Thaddaeus Ropac, à Pantin.

Une grande première et une reconnaissance supplémentaire pour l’association qui existe depuis bientôt 70 ans sans avoir jamais cessé de détoner. Née en 1949, celle qui s’appelait alors – et jusqu’en 1999 – « Jeune Peinture » fut créée pour répondre à la pénurie de lieux d’exposition ouverts aux jeunes artistes. C’est ainsi que, reconnu par la Mairie de Paris, son Salon gagna ses premiers galons en s’installant dès 1954, au musée d’Art Moderne. S’ensuivront des décennies aux fortunes diverses et autant de tournants à négocier, sans que jamais pourtant, la structure ne cesse d’apparaître comme un vivier de talents. Certains, bien sûr, étaient simplement dans l’air de leur temps. D’autres s’appelaient Henri Cueco, Théo Mercier, Daniel Buren ou Ernest Pignon-Ernest…

 

Trophy n°12, 2015, impression, 10×15 cm. Courtesy Alix Desaubliaux 

 

Aujourd’hui, parce qu’il est sélectif, Jeune Création préfère que l’on parle d’exposition plutôt que de salon pour définir son événement phare. Pourtant, tout au long de l’année, ce sont aussi nombre d’expositions qui rythment son actualité, comme dernièrement au 6B à Saint-Denis, à la Mairie du 11e pour la Nuit Blanche ou lors de la foire Cutlog. Autant de manifestations hors-les-murs auxquelles pourraient bien s’ajouter dans le futur beaucoup plus d’événements « à la maison ». Au printemps, ainsi, la toute nouvelle équipe abandonnera définitivement sa galerie de Montmartre et inaugurera ses nouveaux locaux trois fois plus spacieux, aux « Grands Voisins », sur le site de l’Hôpital Saint-Vincent de Paul dans le 14e arrondissement.

De quoi augurer une programmation encore plus riche et évidemment audacieuse. D’ici là, à Pantin, le 66ème « salon-expo », scénographié et pensé « par et pour de jeunes artistes », aura eu le temps de montrer l’originalité et la modernité de la démarche. Ainsi, parmi les diverses propositions artistiques montrées (par ailleurs toutes en lice pour remporter des prix), l’attention des visiteurs sera particulièrement portée sur les projets les plus surprenants.

 

King crabes, 2015, acrylique sur toile, 162x130x2,5cm.Courtesy Louis Granet

 

On citera ainsi le travail numérique d’Alix Desaubliaux qui, via une œuvre en forme de jeu de plateau, interroge les rapports que l’on entretient avec internet, les performances de Lou Masduraud vouées à tester les possibilités et les limites du son, les espaces en trompe-l’œil de Gregory Mc Grew mêlant collages vidéo, 3D et installations ou encore la peinture-BD de Louis Granet surprenante par ses effets de matières.

En parallèle de ces découvertes, pour encore enrichir la manifestation, une carte blanche sera donnée à la fondation d’entreprise Ricard pour une journée d’événements, tandis que tout au long de la semaine, un diaporama animera l’espace central de la galerie avant que tout ne se clôture par une série de tables rondes. Les internautes (entendez ceux qui n’auront pas eu la curiosité d’aller jusqu’à Pantin), quant à eux, ne seront pas oubliés non plus et pourront voir en ligne l’exposition « web art » White Screen. En bref, un fourmillement créatif d’autant plus surprenant qu’il n’est orchestré que par des bénévoles. C’est que le secret de sa réussite tient au fait qu’au fil des éditions, chacun des artistes exposés devient membre de l’association et accompagne à son tour ceux qui lui succèdent. Aujourd’hui, le réseau, autogéré, est l’un des plus importants du genre dans le monde.

 

 

Candidatures pour la 67ème édition ouvertes jusqu’au 15 février. www.jeunecreation.org