JOHN – DV8 PHYSICAL THEATRE

Sauf à être âgé de moins de 16 ans, il n’y a aucune bonne raison d’ignorer ce spectacle signé Llyod Newson. Vous l’avez compris : certaines scènes peuvent heurter. Depuis sa création en 1986, la compagnie DV8 (prononcez « deviate ») Physical Theatre affiche une prédilection pour les spectacles dérangeants donnant à voir dans toute sa crudité, la souffrance d’êtres relégués à la marge.

Travaillée par des thèmes aussi essentiels et rugueux que les frictions entre homosexualité et religion (To Be Straight With You en 2008) ou l’Islam radical (Can We Talk About This en 2011), l’œuvre de Newson explore les liens entre le texte, le théâtre, la danse et la vidéo à partir d’archives. Co-produite par la Biennale de Danse de Lyon, le Théâtre de la Ville, le Festival d’Automne et La Villette, cette dernière création confirme l’attachement du metteur en scène pour des problématiques socio-politiques contemporaines. Et le public suit massivement. Interloqué par sa façon de montrer les corps électrisés, les âmes brisées. Comme celle de John. Après une enfance détraquée (sévices du paternel, overdose de la mère), ce « déviant » erre de centres pénitenciers en centres de désintoxication, traînant sa solitude entre névroses et sexualité débridée dans les bas-fonds londoniens. Pas très engageant le type en tout cas, une figure suffisamment vibrante et provocante pour nous faire vibrer. Tiré de faits réels, ce récit de (sur)vie, Newson l’a construit à partir d’entretiens réalisés auprès d’une cinquantaine d’hommes à propos du sexe et de l’amour. Transposé en une performance de théâtre dansé, le spectacle libère ses forces telluriques dans la parole brute de John (surtitrée an français) et dans la gestuelle épileptique des danseurs. Un phénoménal cri de rage qui, à n’en pas douter va porter loin et longtemps.

Note : 4/5