Kenneth Branagh, un homme qui conte

Metteur en scène portant haut le flambeau de William Shakespeare, Kenneth Branagh est devenu depuis « Thor » et « The Ryan Initiative » le réalisateur chouchou d’Hollywood, au point de diriger le « Cendrillon » version live de Disney. Rencontre avec un auteur qui apporte un peu de hauteur à ce qu’il filme.

Pourquoi avez-vous eu envie de faire ce film ?
Kenneth Branagh : J’ai été agréablement surpris qu’on me le propose. Et je me suis dit que cette histoire était tellement connue qu’il fallait complètement la réinterpréter, revisiter l’héroïne, arrêter d’en faire une victime, et lui donner plus de pouvoir.

Croyez-vous que la femme d’aujourd’hui croie encore au prince charmant ?
C’est une bonne question. Nous avons essayé de conserver une vision plutôt “gentleman” des rapport humains, de créer un prince qui regarde Cendrillon avec respect et amour, et de faire en sorte que leur relation suggère le pouvoir de la passion et de l’érotisme. Mais nous avons veillé à ne pas dire à la fin : « Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants. » Parce qu’aujourd’hui, la plupart des gens sont cyniques vis-à-vis des perspectives du couple… Nous avons toutefois voulu laisser croire que quelque chose de proche du bonheur était possible.

La scène où le prince enfile la chaussure au pied de Cendrillon la première fois est très érotique…
Une des choses que j’ai découvertes en travaillant sur ce film, c’est le pouvoir d’attraction des chaussures sur les femmes. Cendrillon n’est pas une histoire d’amour et de générosité. C’est l’histoire d’une fille qui a une paire de chaussures qui tuent (rires). Et oui, le geste du prince dans cette scène, quand il lui enfile la chaussure, est très intime, à la limite de l’érotisme.

Est-ce que Perrault est plus difficile à adapter que Shakespeare ?
Le point commun entre les grands conteurs d’histoires, c’est leur faculté à permettre aux lecteurs de laisser vagabonder leur imagination. Mais en l’occurrence, je suis content d’avoir adapté Perrault, car sa version est un peu moins grotesque et moins gore que celle des Frères Grimm. Chez eux, par exemple, les belles-sœurs se coupaient les orteils pour pouvoir enfiler la pantoufle de vair. Je suis content de ne pas avoir eu à filmer ça !

Et est-ce que Perrault est plus difficile à adapter que Marvel, comme vous l’avez fait avec Thor ?
(Rires) Thor, en quelque sorte, c’est un conte qui s’étale sur une cinquantaine d’années. Quand vous l’adaptez, tout est une question d’angle, et de savoir ce qu’on garde. Et comme c’est une franchise, il faut être assez attentif aux souhaits du public.

Comment êtes-vous perçu à Hollywood ?
De manière assez confuse. Parfois, quand j’entre dans une pièce, on me dit : « Vous êtes le gars qui fait du Shakespeare, c’est ça ? » Mais aujourd’hui, ce que me disent la plupart des producteurs, c’est qu’ils souhaitent faire un film de genre d’un certain niveau. Ils veulent que j’ajoute un peu de magie au scénario et de profondeur aux personnages.

À quand un retour à un cinéma plus personnel, alors ?
C’est un privilège de pouvoir faire des films de cette envergure. Ce sont de grosses machines qui requièrent certaines qualités, et bien sûr mon but est d’y ajouter ma touche personnelle, tout en sachant qu’une part de la machine va essayer de m’en empêcher. Lorsque vous voulez faire un film plus personnel, vous avez davantage de difficultés à les financer. Mais voilà, j’ai fait trois gros films à Hollywood et je crois qu’il est temps pour moi de changer un peu de registre, même si je ne sais pas encore la forme que cela prendra.

Cendrillon de Kenneth Branagh, avec Lily James, Cate Blanchett et Richard Madden. Conte fantastique.