Kévin Azaïs : roulez jeunesse !

Remarqué et césarisé pour Les Combattants, Kévin Azaïs fait prendre cette semaine la mer à sa fougue et à sa candeur dans Jeunesse. Une dérive envoûtante sur un cargo brinquebalant pour ce jeune comédien qui tient bon la barre.

Larguer les amarres comme Zico, votre personnage dans Jeunesse, ça vous parle ?

Kévin Azaïs : Moi je ne suis pas du genre à partir à l’aventure comme ça, du jour au lendemain. J’aime bien prévoir les choses un peu à l’avance, même si j’ai un petit côté où je m’en fous. Mais je trouve qu’aujourd’hui, il y a de plus en plus de jeunes qui ont cette mentalité-là. « J’ai fait mes études, maintenant je me prends une année ». C’est de plus en plus la mode. Mais Zico, il sort un peu du lot. Même si il dit que c’est pour faire de l’argent, il a un but qui se crée au fur et à mesure de l’histoire. Il ira jusqu’au bout de son voyage, peu importe les chemins par lesquels il doit passer.

 

Vu de loin, votre parcours dans le cinéma français, c’est aussi un peu une façon de partir à l’aventure.

C’est vrai qu’il y a des points assez similaires. Déjà, le fait qu’on laisse parfois ses proches pendant un certain temps. On arrive sur un plateau, même si on a lu le scénario, il y a plein de choses différentes. Il y a aussi les rencontres qu’on fait. Mais après, ce n’est pas pareil, c’est quand même un minimum encadré. Du coup, ça me fait moins flipper.

 

Comment vous êtes-vous préparé pour ce rôle ?

Je ne me suis pas vraiment préparé. Après, c’est plus sur l’accent. J’ai l’habitude de parler avec mon entourage, pas en « wesh wesh », mais j’ai mes mots à moi. C’est plus de ce côté-là que j’ai dû faire un petit travail.

 

Et tourner sur un bateau c’est compliqué ?

C’est plus « pas facile » que « compliqué », en fait (rires). C’est très éprouvant, et pour les comédiens, et pour l’équipe, et pour le bateau aussi. C’est quand même un personnage à part entière, et réussir à le faire vivre à des moments où il n’y a pas forcément l’ambiance autour, ce n’est pas facile tous les jours. Sachant qu’il y avait pas mal de choses qu’on tournait à quai. Quand il y a la tempête, les secousses tout ça, c’était tout un truc de synchronisation avec le cadreur et les comédiens.

 

Votre grand frère Vincent Rottiers est également un comédien renommé. C’est lui qui vous a donné envie de faire du cinéma ?

Ce qui m’a donné envie, c’est quand j’ai joué vraiment, que j’ai vu ce que c’était un tournage, incarner un personnage, donner des parts de sa personnalité sans que ce soit réellement la sienne. Et après, c’est aussi bien sûr en voyant mon frère. Il pouvait voyager, rencontrer du monde, et je ne vais pas mentir, des fois il y a des petites soirées sympas. Mais à la base, mon frère, le cinéma c’était son métier, et moi j’étais destiné à devenir plombier chauffagiste. J’avais mis des sous de côté pour ouvrir ma boîte. C’était déjà quasiment écrit, mais le destin en a décidé autrement.

 

La plomberie c’est fini alors ?

Je pense que je n’ai pas trop perdu. J’ai encore fait des trucs il y a pas longtemps pour des amis. Faut voir. Peut-être qu’un jour j’essaierai d’ouvrir une petite boîte.

 

Qu’est-ce que votre César a changé dans votre vie ?

Il a changé que j’ai de plus en plus de propositions fermes, et pour des rôles un peu plus importants. Après, est-ce que c’est le César ou pas ? Sinon, il y a aussi des gens qui aiment bien blaguer sur ça, comme quand le réalisateur de Jeunesse me disait : « De toute façon, tu as un César, tu sais ce que tu fais ». Je lui répondais : « Non, arrête, c’est pas vrai ». Après voilà un César, ce n’est quand même pas rien. Si on m’avait dit quand j’ai commencé le cinéma qu’en 2015 je serais césarisé, j’aurais dit : « Oui, d’accord, on verra, mais déjà laisse-moi faire ma plomberie » (rires). Après, j’avais peur qu’on m’attende au tournant sur le prochain film. Si je ne suis pas aussi bon que dans Les Combattants, qu’on dise : « Mais pourquoi on lui a remis un César à lui ? ». C’est juste ce truc-là. Sinon ça ne change pas grand-chose. Ça fait un objet en plus à nettoyer (rires).

 

Est-ce que vous avez peur que ça s’arrête ou justement vous êtes serein car vous savez faire autre chose ?

Je ne me repose pas sur mes lauriers. Même si en ce moment je tourne pas mal, la peur est là. J’espère que je ne vais pas me faire couiller par les impôts ou quelque chose comme ça. Quand j’ai touché mon premier cachet, j’ai dit : « Ah ouais trop bien ». Je l’ai claqué, et trois mois après : « Et je fais comment maintenant ? J’ai mon assurance auto, mon téléphone, mon internet ». Donc, ça me fait assez flipper. Mais sinon, j’ai mis du temps à me décider à faire ce métier, je me suis dit : « Si je me lance dedans, c’est vraiment pour en faire une carrière et pas juste un truc éphémère ». C’est pour ça que sur mes choix, je suis assez exigeant, c’est ça qui va me permettre de continuer à travailler derrière ou non. C’est pour ça qu’il ne faut pas que je fasse toujours le même genre de films.

 

D’ailleurs vous venez de tourner dans Les Temps difficiles, le nouveau film d’Éric Toledano et Olivier Nakache. Ça met la pression de tourner avec les réalisateurs d’Intouchables ?

Franchement, ça m’a mis la pression avant. Mais dès que je les ai rencontrés, ça a été peace and love direct.

 

Votre frère Vincent Rottiers est dans Nocturama et dans Toril la semaine prochaine. Qu’est-ce que ça fait d’être à l’affiche tous les deux en même temps.

On se dit qu’on envahit les cinoches, mais ça nous fait hyper plaisir de voir que nous aussi on a notre place sur les panneaux du cinéma. Notre maman, elle est toujours comme une dingue, alors quand elle va voir les deux films côte à côte !

 

Et faire un film ensemble, vous y pensez ?

On y pense d’autant plus qu’un réalisateur doit nous faire tourner ensemble. C’est encore en recherche de financement, mais  il y a des chances.

 

Pour terminer, c’est la rentrée. Ça évoque quoi pour vous ?

Moi ça m’évoque surtout que depuis le premier septembre, j’ai 25 ans. Enfin un quart de siècle ! Et sinon, ça m’évoque les bouchons dans Paris (rires). J’espère juste qu’on ne va pas tous trop tirer la tronche.

 

Jeunesse, de Julien Samani, avec Kévin Azaïs, Jean-François Stévenin, et Samir Guesmi. Drame. Sortie le 7 septembre.