La beauté, recherche et développements

Un des spectacles les plus insolites et perchés du moment. En bons dynamiteurs de clichés, Florence Muller et Eric Verdin s’attaquent à l’air du temps qui érige la beauté comme le fondement du bien-être afin de l’aspirer et de le recracher par volutes fantasques. L’enjeu : faire la nique aux diktats esthétiques, à la recherche de la perfection, au temps – cet assassin qui pousse les hommes à l’adultère et les femmes au lifting – et à la peur de vieillir.

Vaste champ d’action. Composite et décalé, le spectacle de ces manieurs d’ironie emmène le spectateur musarder dans un « Parcours Beauté » imaginaire. Et quel parcours ! Dès l’entrée dans ce parc d’attractions burlesques et bizarres, des petits papiers nous sont distribués avec des questions telles que « Quelle est la plus belle chose qu’on vous ait dite ? » ou « Qu’est-ce qui est beau » ? Amusé, on rend sa copie avant de suivre Nicole l’autoritaire et Brigitte la rêveuse, deux filles ayant de la « fuite dans les idées » vers la Salle de Premières-Fois, le Jardin d’Eden, la Salle de Bain de Jouvence où… on se fait charcuter pour rester désirable. Jalonné de périls ou d’oasis, ponctué de cris, de disparitions, de digressions libres, cette divagation autour de la beauté est menée par deux dopeuses de scène, Lila Redouane, et Florence Müller. Séquences hallucinées, scènes de pure nonsense mêlant ironie sourde et humour dessalé, le tout voguant sur une mise en scène cartoonesque signée Pierre Poirot : les fondus d’objets inclassables seront ravis. Enfin, nos pétroleuses lisent des réponses livrées par les spectateurs et mettent tout le monde d’accord. Avec ce spectacle dément, elles ont souligné ce que le théâtre devrait préserver à toute force : l’audace.

Note : 4/5