La comédie musicale “Oliver Twist”

Axée sur l’histoire d’un orphelin, archétype de l’innocence perdue dans le Londres malfamé de la fin du XIXe siècle, Oliver Twist s’impose comme un grand roman mélodramatique écrit par Charles Dickens (entre 1836 et 1838), l’un des premiers ouvrages à vocation sociale.

En braquant sa focale sur toute l’humanité perdue au profit de l’exploitation de l’homme par l’homme, Dickens tira de cette époque implacable pour les miséreux un petit chef-d’œuvre de poésie crue et lugubre. Vexations et brimades, guerre d’attrition que le temps livre à cet orphelin confronté à une fantasmagorie d’êtres dévoyés, de truands et autres as de la “choucrave” (The Artful Dodger, Fagin, Monks), tout y est disséqué avec une lucidité roidement plongée dans l’hypocrisie victorienne. Paillarde, criminelle mais aussi embrasée d’amour et d’amitié, cette saga fascinante a inspiré Olivier Mellor, lequel n’a pas reculé devant l’ampleur du projet ni lésiné sur les moyens pour tenter de faire vivre avec flamme et un bel élan collectif cette fresque créée à la Comédie de Picardie. S’appuyant sur l’adaptation concise mais fidèle de Danièle Klein et Eric Dadelsen et sur une solide équipe (dix-sept comédiens, cinq musiciens sans oublier les marionnettes à taille humains de la Cie Syma), le metteur en scène-comédien respecte son contrat artistique : « distraire sans complaire ». Si l’exercice est réussi, il a aussi ses limites : quelques longueurs et des personnages parfois trop stéréotypés pour émouvoir. Mais l’impression qui domine est une incroyable fougue. On oubliera donc ces bémols pour se souvenir des effets de lumière soignés, de la musique jouée en live, des nombreux changements de décors effectués avec fluidité et de jolis tableaux aux ambiances suffisamment bien définies pour assurer la noirceur du propos mais aussi sa part de fun. Avec ce spectacle tout public (dès 8 ans), la Cie du Berger célèbre une fois de plus le spectacle vivant.