La Peur

Ridicule d’oser monter cette nouvelle de Stefan Zweig comme un thriller Hitchcockien ? Non culotté et parfois efficace.

Ridicule d’oser monter cette nouvelle de Stefan Zweig comme un thriller Hitchcockien ? Non culotté et  parfois efficace. L’enjeu d’Elodie Menant  : embarquer le spectateur dans une aventure immersive où l’on médite sur l’usure de l’amour, du désir, la difficulté de continuer à deux mais surtout sur le nerf de la trahison, du mensonge et de la culpabilité honteuse. Irène trompe son mari Fritz, avocat pénal happé par ses dossiers criminels…jusqu’au jour où la femme de son amant la fait chanter, l’entraînant dans une véritable descente aux enfers. Composé d’une petite cinquantaine de pages ne charriant que peu de dialogues et d’informations sur ce couple se délitant inexorablement, le texte exigeait un rigoureux travail de réécriture scénique. Pas de quoi effrayer celle qui reçut le prix de la révélation féminine au festival d’Avignon 2013 pour La Pitié dangereuse du même Zweig. Pour approcher son sujet au plus près, Elodie Menant (adaptation-mise en scène) a choisi de composer avec l’esthétique cinématographique des années 50 : housewife à la dérive dans son intérieur propret en porte-à-faux irréversible avec son mari, décors et costumes stylisés, bande-son de l’époque. S’inspirant ouvertement de Fenêtre sur cour d’Hitchcock, son huis clos parvient à nous transformer en voyeur par une sorte d’imprégnation hallucinatoire. Une double résonance se devine : l’angoisse façon Panic Room via un décor mobile accentuant la sensation de piège et le trauma d’une femme rongée par la honte. Tout n’est pas réussi, mais on se laisse porter par ce thriller intimiste solidement interprété et remarquable dans le tiraillement duplice.

Jusqu’au 31 décembre, du jeudi au dimanche à 19h, samedi à 19h15 au Théâtre Michel, 38 rue des Mathurins, 8è. M° Havre-Caumartin. Pl : 18€-29€. Tel : 01.42.65.35.02