“La Vie de Galilée” racontée au Théâtre Le Monfort

Combat épique entre le progrès et le conservatisme, la raison et la foi : pas facile d’être un savant qui sème le doute… là où la croyance était installée depuis mille ans !

Le sujet de cette pièce essentielle, autoportrait de Bertolt Brecht, c’est l’histoire de Galilée, jouisseur qui « pense par tous les sens », voué aux gémonies pour avoir fait voler en éclats les sphères de cristal où Ptolémée avait enfermé le monde : « Aujourd’hui, 10 janvier 1610, l’humanité inscrit dans son journal : ciel aboli. » En découvrant que la Terre n’était pas le centre du monde mais qu’elle tournait autour du soleil, il ébranla une vision du monde et de l’homme et dut abjurer face au bûcher.

Jean-François Sivadier reprend la mise en scène de cette œuvre emblématique de la compagnie (créée en 2002 au Théâtre national de Bretagne) et retrace cette vie sidérante, avec de magnifiques hauts et de terribles bas. Un flux de conscience stroboscopique qui vous emporte et ne vous lâche plus. Cette pièce inoxydable, poème polyphonique, ubiquitaire, vertigineux est tout entière portée par des questions essentielles : résistance au pouvoir, place du savant, du poète et du théâtre… Sivadier y répond en déployant toutes les ressources de son art, parcouru par un étonnant vent de liberté : liberté d’une mise en scène qui masque ses effets, d’une narration qui se joue de tout didactisme, liberté d’une relation au spectateur qui mise sur son intelligence.

Irréprochables, Eric Guérin, Nadia Vonderheyden, Stephen Butel, Christophe Ratandra, Rachid Zanouda, Lucie Valon et Éric Louis ressuscitent à eux -seuls plusieurs personnages, si bien que les 3 h 40 filent comme l’éclair, s’achevant sur un dialogue magnifique, avec rien ou presque, entre le savant et sa fille. Le comédien qui joue Galilée doit lutter, vaciller, soudain se redresser. Nicolas Bouchaud est cet acteur démiurge. Ce père béat. Sauvé. Et foutu.