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La Villa Belleville, refuge créatif dans une ancienne usine

Depuis 2015, une ruelle calme du quartier de Belleville accueille la Villa Belleville, petit refuge pour jeunes créatifs. Dans ces ateliers à prix réduit, les résidents se succèdent tous les trois ou six mois, avant une grande exposition commune. Un lieu unique à Paris, témoin de l’émergence des artistes de demain. 

 

La Villa Belleville, une ancienne usine à disposition d’artistes

La salle commune, surnommée "l'usine" de la Villa Belleville
La salle commune, surnommée « l’usine » © Villa Belleville

 

Derrière l’agitation du boulevard de Ménilmontant, un petit chemin nous amène dans un grand bâtiment blanc calme et lumineux. Dans les années 1920, c’était une usine de fabrication de pièces d’avion. Aujourd’hui, c’est un havre de paix créatif pour artistes en manque d’espace. L’ambiance est studieuse : ces jours-ci, c’est la rentrée pour la nouvelle promotion des résidents. Des artistes triés sur le volet pour s’installer dans l’un des ateliers à prix imbattable, 6€ par mètre carré et par mois, ce qui donne environ 200 € le loyer par atelier. Parmi les nouveaux venus, des peintres, des sculpteurs et même une écrivaine, qui resteront trois ou six mois pour réaliser un projet artistique précis.

Les ateliers sont répartis de part et d’autre d’une allée arborée. Amandine Maas, plasticienne de 29 ans, vient d’afficher ses dernières œuvres, un portrait et une nature morte peints sur du tissu. Dans cette belle pièce haute de plafond, elle se sent tout de suite sereine pour travailler. « Avant, j’étais dans un atelier partagé à Saint-Denis, très à l’étroit… Aujourd’hui, cet espace me permet de repenser ma pratique, de voir plus grand ! J’ai envie de faire de grandes toiles, de me laisser plus de liberté. » Même si d’ici six mois, il faudra retrouver un nouvel atelier. « Je ne sais pas où j’irai après, mais ce sera sûrement en banlieue : impossible de se payer un loyer à Paris en plus de mon logement ! »

 

Retenir les artistes à Paris

L'atelier bois © Villa Belleville
L’atelier bois © Villa Belleville

 

C’est pour répondre à ce problème que la mairie de Paris a lancé le projet Villa Belleville en 2015, après avoir racheté cette ancienne usine devenue un squat. Dans la capitale, la production artistique est l’une des premières victimes de la flambée des loyers. Comment commencer sa carrière quand on n’a pas les moyens de se payer un lieu de travail ? Il y a ceux qui vivent chez leurs parents, ceux qui peignent dans leur studio, ceux qui ouvrent des squats et surtout, ceux qui quittent Paris. Après un appel à projet, la mairie confie la gestion du lieu à Curry Vavart, association également connue pour sa friche Shakirail, dans d’anciens locaux de la SNCF. Tous les six mois, la Villa organise un appel à candidature pour remplir les ateliers. Des centaines de personnes répondent à l’appel, seules 13 sont sélectionnées par le jury.

Ceux-là ne bénéficient pas seulement d’un bel espace à prix réduit : ils sont aussi épaulés au quotidien dans la professionnalisation de leurs pratiques. D’abord avec les ateliers communs mis à disposition. Une grande salle industrielle partagée, très haute de plafond et jonchée d’outils et de tâches de peinture, est divisée en plusieurs espaces de travail ouverts à tous : le four à céramique, l’atelier travail du bois, la machine à sérigraphie… Des espaces que les artistes non résidents peuvent eux aussi réserver à la journée pour des besoins ponctuels. Sur place, un bénévole de l’équipe Curry Vavart est là pour apprendre à manier les machines.

 

Un vrai accompagnement

Jour d'exposition à la Villa belleville
Jour d’exposition à la Villa © Villa Belleville

 

Travailler à la Villa Belleville, c’est aussi une occasion de se constituer un réseau, de rencontrer d’autres artistes. Kamil Bouzoubaa-Grivel a connu cet atelier par des amis. Il était attiré par cette communauté d’artistes qui créent, se croisent dans l’allée pour les pauses clope et organisent des apéros pour échanger sur leur pratique. Aujourd’hui, le dessinateur franco-marocain travaille ici sur une série de dessins abstraits en noir et blanc. « C’est grisant de se dire qu’on a autant de matériel à disposition, qu’on peut tester autant de techniques. Ça va forcément faire évoluer nos créations. D’ailleurs, j’aimerais bien aller m’essayer à la sérigraphie, et organiser des cours de dessin avec des enfants », confie le jeune homme. La Villa Belleville s’ouvre régulièrement au quartier à l’occasion d’ateliers et de partenariats avec des écoles et des associations.

Les 13 nouveaux locataires présenteront les œuvres réalisées ici à la fin de leur résidence, à l’occasion d’une grande exposition ouverte à tous au sein de l’ancienne usine. C’est l’occasion d’observer comment ils ont communiqué entre eux, comment ce changement d’environnement a impacté leurs créations.


La Villa Belleville
23 rue  Ramponeau, Paris 20e
Métro Belleville
Agenda des expositions  à retrouver sur leur site