La vogue des sorcières en 4 rendez-vous magiques

Point de chapeau pointu ni de verrue sur le nez : les sorcières incarnent depuis les années 70, et avec un gros revival depuis quelques années, la figure même de la femme forte, queer, libérée. L’essayiste Mona Chollet y a consacré son dernier ouvrage et rencontre un succès de librairie remarquable. Avec quelques spectacles et expositions tout aussi ensorcelés, il faut reconnaître l’évidence : la sorcière est bien-aimée ! 

Rencontre avec Mona Chollet au Tarmac

© Éditions La Découverte

 

Après avoir très finement décrit les vices de l’industrie de la mode et de la beauté dans Beauté Fatale et exploré les intérieurs intimes dans tout ce qu’ils ont de politique avec Chez Soi, l’essayiste Mona Chollet enchante une nouvelle fois ses fidèles lecteurs avec Sorcières. La puissance invaincue des femmes, paru en 2018 aux éditions La Découverte. D’emblée, un constat : les femmes ont été exterminées pendant des siècles, sous le prétexte absurde qu’elles étaient sorcières. Un féminicide sanglant qui visait en réalité les femmes sans enfant, les célibataires et les femmes âgées, et qui a donné au sexisme ses arguments les plus tenaces.

Ainsi, l’image déplorable de la célibataire à chat sur laquelle on pleure de pitié serait née de la peur des hommes de voir des femmes s’émanciper de leur rôle de mère et d’épouse… Mona Chollet donne ici de nouvelles clés pour déconstruire en profondeur bien des idées reçues. Et met en valeur les sorcières dont on se revendique volontiers, héroïnes féministes et aventurières de tout poil.

Le Tarmac, scène située dans le 20e arrondissement, accueillera Mona Chollet le mardi 9 avril à 20 heures, pour entendre l’autrice décrire son travail de recherches et répondre à vos questions. L’occasion de la remercier de son indispensable lumière.

Rencontre avec Mona Chollet, le 9 avril à 20 heures
Tarmac, 159 avenue Gambetta, 20e

 

Doris Stauffer au Centre Culturel Suisse

© Doris Stauffer au Centre Culturel Suisse

 

Le Centre Culturel Suisse, situé dans le quartier du Marais, braque ses projecteurs sur Doris Stauffer (1934–2017). Cette artiste suisse, méconnue du grand public, mérite fort bien cette toute première exposition en institution, quatre années après la parution de sa monographie chez Scheidegger & Spiess.

Activiste féministe, elle s’est engagée dès 1971 dans le mouvement de libération de la femme (FBB) et a donné dans les années 80 des « cours de sorcières ». Passionnée de photographie, elle a également passé sa vie à expérimenter de nombreux courants artistiques et a produit moult dessins, vidéos et installations. On découvre en profondeur une artiste extrêmement drôle et virulente, engagée pour un nouvel enseignement de l’art et porteuse d’un regard fécond sur le monde.

Doris Stauffer, Je peux faire disparaître un lion, du 31 mars au 12 mai 2019
Centre Culturel Suisse, 38 rue des Francs Bourgeois, 3e

 

Les Sorcières de Salem au Théâtre de la Ville

Les Sorcières de Salem
Les Sorcières ® Jean-Louis Fernandez

 

Sur la scène de l’Espace Cardin, le metteur en scène Emmanuel Demarcy-Mota monte Les Sorcières de Salem du dramaturge américain Arthur Miller (1953). La pièce raconte comment, au XVIIe siècle en Angleterre, toute une communauté s’est livrée à la plus intense paranoïa, en croyant à une épidémie de sorcellerie après qu’on ait surpris des jeunes filles nues dans la forêt. Admiratif du texte de Miller et de son acuité contemporaine, Demarcy-Mota détaille : « Où est l’endroit de la vérité et du mensonge ? C’est la question qui m’intéresse aujourd’hui. C’était déjà présent chez Ionesco, Camus, et bien sûr chez Pirandello. C’est par la fiction que l’on va produire du réel, et c’est par le mensonge que l’on va créer une nouvelle réalité. C’est ce que fait aujourd’hui Donald Trump. Phénomène qui était déjà annoncé dans Les Sorcières de Salem. »

Les Sorcières de Salem, du 26 mars au 19 avril 2019
Espace Cardin, 1 avenue Gabriel, 8e

 

La vérité n’est pas la vérité à la MABA

exposition qui revisite le mythe des sorcières
Vue de l’exposition – Photo : Aurélien Mole Courtesy MABA / Fondation des Artistes

 

Installée dans une ancienne maison de maître, la Maison d’Art Bernard Anthonioz accueille actuellement une fascinante exposition féministe intitulée La Vérité n’est pas la vérité. Le titre reprend les mots de l’homme politique véreux Rudy Giuliani défendant les frasques de Donald Trump, et les met au service d’une relecture contemporaine de la figure de la sorcière, qui devient ici héroïne d’une lutte féministe. Vidéos, installations, dessins et photographies déploient un discours parfois trouble, mais dont le fil rouge se comprend comme par intuition.

La Vérité n’est pas la vérité, du 17 janvier au 20 avril 2019
MABA, 16 rue Charles VII, 94130 Nogent-sur-Marne