L’affaire Dussaert

Voici un spectacle qui en dit des sévères sur les arcanes de l’art contemporain. Comme une lame toujours prête à s’abattre sur la bêtise et l’ignorance, Jacques Mougenot s’est emparé d’une imposture de choix suscitée par le plasticien Philippe Dussaert (1947-1989) afin d’en faire un drôle d’objet théâtral.

Fausse conférence, facétie ou enquête ? Pourquoi choisir puisqu’on peut tout avoir ! Né de la rencontre entre Peggy d’Argenson (galeriste – critique d’art) et Jacques Mougenot (texte, mise en scène, jeu), ce spectacle multiforme relate la vie et l’œuvre de Philippe Dussaert, initiateur d’un mouvement original dans les années 80, le « vacuiste ». Voyez plutôt : le plasticien fut l’épicentre d’une incroyable polémique provoquée par la vente de son œuvre ultime intitulée « Après Tout », ne représentant… rien ! Ou plutôt si : le vide. Une œuvre inexistante vendue aux enchères en 1991 au prix de huit millions de francs et préemptée par l’état français ! Occultée par l’actualité du moment (la guerre du Golfe), l’affaire ricocha méchamment sur le gouvernement d’alors qui se vit accusé d’avoir gaspillé les deniers publics. Belle occasion d’épingler les dérives de l’avant-garde artistique. Mais aussi de faire une tête au carré aux snobismes, aux piperies du monde et de s’interroger sur la critique éclairée ou aveugle. Anecdotes savoureuses, dialogues travaillés en férocité, notre conférencier dresse avec sagacité et une jubilation non feinte, un tableau corrosif des égarements culturels de notre temps. Formidable d’acuité et d’ironie, ce monologue satirique se déguste et, c’est sans qu’il s’y attende que le spectateur, à la dernière scène se trouve cueilli par un magnifique coup de théâtre… qu’il convient de ne pas dévoiler. Et l’éthique dans tout ça ? Allons, n’utilisez pas de termes désuets…

Note : 4/5