L’anticonformisme esthétique de Gus Van Sant s’expose

Un nom qui se retient, un art qui marque, Gus Van Sant est inoubliable. Jusqu’à fin juillet, la Cinémathèque française célèbre la singularité de son art. Cinéma, photographie, peinture, tout y passe et aucune chance que l’on s’en lasse.

Quand les héritiers de la beat generation rencontrent le cinéma expérimental, on saupoudre avec quelques paillettes de Hollywood et l’on obtient Gus Van Sant. Egérie du cinéma indépendant, le réalisateur a su emporter avec lui un public fidèle, un peu barré, un peu désinvolte, qui aime se laisser porter par la grandeur des espaces américains et des rues de Portland. Chez Gus Van Sant, on explore le moment de la métamorphose. La jeunesse est à l’écran, elle se meut devant la caméra, dans toute sa complexité et ses tourments. En marge souvent, comme dans Will Hunting, Paranoid Park ou même Prête à tout, elle fascine le cinéaste. A ses yeux, c’est le moment où l’on est le plus changeant, le plus beau, le plus créatif, le plus vivant et où l’on essaie de s’intégrer dans un monde qui nous dépasse. Sur la pellicule, cette jeunesse se montre sensuelle, fougueuse, et sublime l’héritage laissé par des auteurs tels que William Burroughs, énorme source d’inspiration du réalisateur, si bien que l’écrivain interprète un prêtre toxico dans Drugstore Cowboy, le premier film à succès de Gus Van Sant. La liberté artistique et sexuelle se retrouve dans les œuvres de ce dernier et bouscule les codes du cinéma américain, mettant le « cinéma-vérité » et l’émotion sur le devant de la scène. Celle-ci est amplifiée par un rythme inédit ainsi qu’une musicalité très présente. Hétérogène, à l’image des œuvres allant de l’expérimental au grand public, on écoute du Beethoven dans Elephant (palme d’or du Festival de Cannes 2003), des compo de Michael Pitt spécialement écrites pour Last Days, de la country et des sons allemands dans My Own Private Idaho, le titre reprenant par ailleurs le morceau presque éponyme des B’52s, « Private Idaho ». La musique compose le personnage de Gus Van Sant, lui qui s’est d’ailleurs essayé au clip pour les Red Hot Chili Peppers (Under the bridge) et même David Bowie (Fame 90). Quoique dans un format plus expérimental, on le retrouvait là dans un monde inhérent à son art.

Prod DB © HBO Films – Pie Films Inc. / Dr   Last Days de Gus Van Sant, 2005, Michael Pitt

A la cinémathèque, l’ambiance est pourtant calme et épurée dès l’entrée. On s’assoit, le temps de savourer quelques scènes des œuvres du réalisateur. Mala Noche, son premier long-métrage, fait partie de la sélection, la vallée de la mort que traversent Matt Damon et Casey Affleck dans Gerry également. On découvre ou redécouvre des séquences particulières. L’expo se poursuit avec les nombreux clichés réalisés par Gus Van Sant jusqu’à la fin des années 90. Un carré de visages dans lequel on regarde droit dans les yeux l’univers de l’artiste. Innombrables sont les célébrités et anonymes qui ont offert un regard magnétique au Polaroïd de Gus Van Sant. Des clichés que ce dernier utilisait notamment pour constituer ses castings, plaçant les photos les unes à côté des autres afin de voir si l’osmose entre les personnes était présente.

Polaroïd, Matt Damon © Gus Van Sant

Si l’on connaît essentiellement l’Américain pour son cinéma, la Cinémathèque française nous emmène plus loin dans sa création. Des peintures, sans nom pour la plupart, ornent les lieux. On entre un peu dans la tête de l’artiste, on fait un pas de plus vers ce qui le façonne, ce qui fait que Gus Van Sant n’a pas son pareil. Ce pan de sa création, indépendant de son cinéma, n’en est pourtant pas non plus si éloigné. Il a peint de jeunes visages notamment. Et puis ses icônes et ses propres tourments.

Gus Van Sant Untitled, 2010. Aquarelle et fusain sur papier. © Gus Van Sant. Courtesy of the artist and Gagosian Gallery

On retrouvera Gus Van Sant prochainement avec When We Rise, mini-série de huit épisodes écrite par Dustin Lance Black (Oscar du meilleur scénario pour Harvey Milk), qui suit trois jeunes activistes de 1972 à nos jours.  D’ici là, une visite à la Cinémathèque s’impose, que l’on connaisse ou non le réalisateur, mais avec toujours la même certitude : une fois emporté dans son univers, il est difficile de s’en détacher tant son audace fait de lui un artiste singulier.