L’autre

C’est fou ce qu’il aimante les foules, Florian Zeller. Les magazines, les têtes d’affiche (Arditi, Hirsch, Luchini et bientôt Auteuil dans L’Envers du décor) le plébiscitent. Rien de surprenant : star du théâtre privé, ce jeune auteur-dramaturge aligne les succès avec une régularité de train suisse.

Mettre en mots les maux contemporains. Créée en 2004, cette pièce de jeunesse raconte en neuf scènes courtes et tranchantes, le délitement d’un couple. Lui et Elle ont foiré leur vie amoureuse, malgré une liste longue comme le bras de règles anti-routine : ne pas dormir dans le même lit, ne pas manger ensemble, etc. Leur credo : si nous voulons vivre ensemble toujours, ne jamais vivre ensemble ! « Etre un couple, ce n’est faire qu’un. Oui, mais lequel ? », philosophait Oscar Wilde. Et si c’était encore un autre, comme ici ? Scrutant ces maillons qui sautent un à un sans bruit, Zeller bat et brouille les cartes dans un vortex d’images et de paroles concassées, au risque de dérouter les amateurs de récits linéaires et leurs enchaînements de causes et d’effets. Balloté entre passé, présent et futur, réalité et fantasme, ou scènes carrément surréalistes, le récit s’enlise parfois, s’abandonnant à des réflexions faciles (« Il m’arrive d’être seul parmi une multitude de personnes »). On pardonne aisément ce péché de jeunesse car la pièce secrète néanmoins quelques beautés : ces petits piquants à la surface des phrases tranquilles sans oublier le jeu habité des deux comédiens (Jeoffrey Bourdenet et Benjamin Jungers, tout juste échappé du Français) entourés de la charmante Carolina Jurczak. Il y a aussi quelque chose de troublant qui tient à la grâce des corps en mouvement, à la mise en scène pure (Thibault Ameline) où se devine, par une sorte d’imprégnation hallucinatoire, une humanité bien connue. Difficile de rester indifférent.

Note : 3/5