Le bizarre incident du chien pendant la nuit

Parfois, un spectacle se démarque et imprime durablement notre mémoire. On connaissait la patte de Philippe Adrien, mais la mise en scène de ce récit d’apprentissage est un modèle d’orfèvrerie. Le titre pour le moins sibyllin (The Curious Incident of the Dog in the Night-Time) aborde un thème délicat : l’autisme. On y entre avec des préventions de visiteur d’hospice et on en sort… ragaillardi ! Car il n’y aura pas ici de chantage lacrymal, ni de pathos dégoulinant, mais une drôlerie, une verve et un regard concret qui ne force jamais l’émotion.

Adapté par Simon Stephens, le best-seller de Mark Haddon (un triomphe à Broadway) raconte une drôle d’enquête policière sur la mort du chien Wellington menée par Christopher, ado atteint du syndrome d’Asperger. Il suit, d’autre part, dans une sphère plus intime, les relations houleuses entre Christopher et son père. Surdoué en mathématiques, le jeune dévoile un rapport singulier au monde et un courage qui lui permettront d’élucider ce meurtre et de déterrer un secret de famille.

Irrigué en profondeur par une réflexion sur la parentalité, la quête initiatique et d’autres perceptions du monde, le voyage proposé ici est passionnant. Adrien y déploie un art de la situation burlesque remarquable et fait jaillir le champ des possibles du chaos via un théâtre-récit très maîtrisé. Drôlatiques, surréalistes, les rebondissements abondent, aiguisant sans cesse notre curiosité.

Narrateur-acteur, Philippe Lefebvre (24 ans) porte cet autiste à une hauteur vertigineuse, planant comme un orage sur son entourage avec ses ombres menaçantes, ses coups de tonnerre, ses brèches de lumière. Un épatant chœur de comédiens partage les rôles, assumant également la narration dans un surprenant décor mouvant (Jean Haas). Situations incongrues, engueulades, doutes : le chemin pour s’accorder sera long. L’enchantement permanent.

Note : 4/5