Le Cabaret de Poussière, le spectacle anarchiste qui dépoussière le cabaret

Le Zèbre de Belleville accueille jusqu’au mois de juin le Cabaret de Poussière, un spectacle hybride et subversif, poétique et authentique, qui fédère toutes les générations.

 

Le Zèbre de Belleville : une terre d’accueil pour les spectacles engagés

Salle du Zèbre de Belleville
La salle du Zèbre de Belleville © Le Zèbre de Belleville

 

Mardi 15 janvier, 20h30. Salle comble au Zèbre de Belleville, début du show imminent. Mélange d’habitués et de novices, installés au plus près de la scène, accoudés au comptoir ou dominant la salle depuis les coursives supérieures, les spectateurs bière en main bavardent et observent le décor aux lumières violacées, impatients que les loupiotes s’éteignent. Les plus courageux s’étaient donnés rendez-vous une heure auparavant pour être aux premières loges du Cabaret de Poussière, un spectacle né en 2016 et qui s’est approprié les codes du genre pour donner naissance à un show hybride des plus subversifs. Affichant complet depuis sa création, s’étant déjà produit dans les squats de Bastille et les bas-fonds de l’île Saint-Louis, le cabaret anarchiste s’installe pour sa 3e édition au Zèbre de Belleville, ancien cinéma de quartier ressuscité en salle de spectacles à la fin des années 1990.

 

Le Cabaret de Poussière ou l’art de dépoussiérer le cabaret

Le danseur Lakdhar
Le danseur Lakdhar © Kea Nop

 

Célébration populaire par excellence, le cabaret a su redorer ses lettres de noblesse depuis quelques temps, s’éloignant des traditionnels spectacles de french cancan pour s’encanailler et célébrer l’anticonformisme sous toutes ses formes. Fervent ambassadeur d’une forme contestataire et libertaire, le Cabaret de Poussière fait partie de ces cabarets modernes à la programmation exigeante et au style bien trempé. Son credo ? Dépoussiérer – oui, littéralement ! – les codes du genre et faire souffler un vent nouveau sur cette forme joyeuse où la culture se parjure pour célébrer l’humain dans toute sa diversité. Spectacle pluridisciplinaire – « comme ta mère ! » crie le slogan, le Cabaret de Poussière valorise l’art à travers ses multiples expressions : des plus ancestrales (chant, théâtre, danse, poésie), aux plus spectaculaires (contorsion, trapèze, jonglage, magie) en passant par les plus hérétiques (effeuillage, sorcellerie, nécromancie, performances de drag queens).

 

Itzko et la Big Bertha
Itzko et la Big Bertha © La Fille d’à Côté

 

Sa particularité ? La fugacité ! Chaque représentation est unique, écrite et élaborée en fonction des artistes qui l’honorent et des numéros qui la composent. Pensé à la manière d’un one shot, le spectacle transformiste captive par sa fulgurance et son impertinence, figeant cette poussière éphémère, faite de sueur, de larmes et d’éclats de rires, dans la lumière de la scène. Si les artistes invités diffèrent chaque soir, certaines collaborations ont fini par se renouveler. On retrouve ainsi avec plaisir la chanteuse Clara Brajtman, la show girl Mamzelle Vivianne, la contorsionniste Julie Demont, la danseuse Chanelle de Mai, la performeuse burlesque Kirby Marzelle ou encore l’effeuilleuse Séverine Belleni.

 

La troupe du Cabaret de Poussière : un quintette galvanisant

Les 5 membres permanents du Cabaret de Poussière
Les 5 membres permanents du Cabaret de Poussière (de gauche à droite : Lou Cat, Itzko, Xavier Belin, Martin Dust et Amstrong Tebe) © La Fille d’à Côté

 

Aux commandes de cet ovni, Martin Dust. Tout à la fois metteur en scène, compositeur et parolier, ce meneur de revue transgressif sélectionne avec soin les artistes présentés lors du spectacle et agrémente la représentation de ses chansons aux accents doux-amers. S’offrant le rôle de maître de cérémonie, ce Monsieur Poussière introduit chacun des numéros avec son argot parigot, ménageant le suspense au gré d’intermèdes croustillants, ponctuant les prestations d’anecdotes fantasques distillées avec un verbe aiguisé.

 

Martin Dust
Martin Dust © La Fille d’à Côté

 

Pour l’aider sur scène et en coulisse, un duo de chic et de chocItzko, c’est le tragédien descendu de ses sphères d’éther pour mordre la poussière. Bras droit du concepteur, il participe à l’organisation du spectacle mais nous fait aussi voyager entre théâtre et littérature en interprétant des textes de Mahmoud Darwich, de Maryse Condé ou encore de Léonie Castel. Pour l’accompagner, Lou Cat, chat de scène qui joue avec le feu. Si ses cheveux roses flirtent avec les flammes écarlates, cette jongleuse audacieuse contribue aussi à l’installation des numéros et à leur bon déroulement.

Enfin, que serait un spectacle sans musique ? Pour couronner le tout, le Cabaret de Poussière s’entoure d’un duo de Jazzmen (Amstrong Tebe à la batterie et Xavier Belin au clavier) qui arrange et interprète avec élégance les morceaux conçus ou revisités par Martin Dust. Autant de personnages extravagants pour un spectacle poétique et cynique dont l’histoire s’écrit et se réécrit au fil des représentations…

 

Zèbre de Belleville
63 boulevard de Belleville, 11e 
Représentation tous les 1e mardis du mois jusqu’en juin
Durée du spectacle entre 1h30 et 1h50 avec un entracte de 20 min
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