Le Cancre

Unanimement célébré pour Motobécane, Bernard Crombey tisse ici une sonatine théâtrale tirée de Comme un roman et de Chagrin d’école, deux œuvres-clefs de Daniel Pennac dédiées aux pauvres gamins essorés par l’apprentissage des savoirs.

Normal : tous deux savent que la cancrerie n’est pas une tare et qu’un « cancre sauvé est juste une hirondelle à ranimer ». Ils veulent croire que l’on peut apprendre… à aimer apprendre ! Et pour cause : ils ont réussi à s’extirper du pays gris des cancres, blessés mais pas rabaissés. L’un par l’écriture, l’autre par le jeu. Voyez Pennac : celui que ses enseignants qualifiait « d’élève gai mais triste élève » fut sauvé par un prof de français futé, devint Agrégé avant de se retrouver professeur dans un institut pour élèves en échec. Résultat : vingt ans voués à donner le goût de la lecture et du savoir. La classe à l’état pur.

Crombey lui, s’est mué en grand comédien. On comprend que ces récits tout droits issus de la plume de son frère en cancrerie, lui aient inspiré une ode au savoir à la fois méditative et pugnace, facétieuse et tendre. Infiniment humaine, sa copie n’est pourtant pas exempte de faiblesses. On aurait aimé quelques péripéties en plus, davantage de tension, de sautes de rythme. Composé de pastilles un peu naïves comme ces images que l’on donnait autrefois aux écoliers sages ce spectacle s’ancre dans un passé (dépassé) avec chaises d’école alignées, pupitres à l’ancienne, tableau à craie servant aussi d’écran, etc. Un poil désuet donc… Pourtant un certain charme se dégage de cette parenthèse buissonnière qui happe de jolis éclats d’espièglerie et Crombey (interprète et metteur en scène) parvient à saisir avec sensibilité la détresse de ces enfants tout en questionnant l’incompréhension éducative. Quand les désespérés nous apprennent l’espoir…

Note : 3/5