Le corps et la toile d’Helena Almeida

Le Jeu de Paume présente le travail d’une vie d’Helena Almeida, artiste portugaise qui utilise son corps pour réinventer les codes de la peinture. Centré, drôle, attachant : une découverte.

Méconnu, le nom d’Helena Almeida est pourtant synonyme d’une œuvre passionnante, qu’un jeu malicieux entre le métaphorique et le littéral rend en plus agréablement accessible. À ses débuts, dans les années 60, cette peintre portugaise montre déjà un fort désir de dépasser le cadre de la toile : plutôt que de peindre dessus, elle l’enroule, la pend, la retourne pour en exhiber le châssis, la déploie… Mais « mon but n’était pas de faire de l’art abstrait », dit-elle. L’artiste commence aussi à apposer sur les surfaces des éléments qui en sortent : les lignes, par exemple, deviennent des fils, qui envahissent l’espace en trois dimensions. Elle use très tôt de son corps comme medium, une autre façon d’inventer une expression hors-cadre : à partir des années 70, Helena Almeida propose un jeu entre la peinture et son corps, qui interagissent avec poésie dans des tableaux-photo, une sorte de cache-cache qui interpelle, fait sourire et prolonge ce dialogue simple et profond entre la place de l’artiste, la nature de l’œuvre et le regard du spectateur : à la fois artiste et modèle, elle se livre à des performances qu’enregistrent chaque œuvre.

Plus le temps passe, plus l’œuvre s’anime. À la fin des années 70, ses images témoignent d’une relation de plus en plus émotionnelle, plus sensorielle aussi, avec le tableau : on la voit bâillonnée par une toile ou bien la faisant vivre par un film qui montre un voile palpitant au gré de son corps plaqué contre lui. Le corps s’empare définitivement de toutes les dimensions de l’espace dans les années 80, lorsqu’elle en dessine l’ombre à la craie sur le sol, qui devient une ligne traversant la pièce, ou une vague la recouvrant. La progression de l’œuvre est à la fois profonde et cohérente, s’exprime avec une sobriété qui en permet un accès direct, ému, souvent drôle. À la fin, car le parcours couvre en quelques salles près de 50 ans de création artistique, le corps a pris le pouvoir dans une démarche presque chorégraphique. Dans la série la plus récente, Seduzir, Helena Almeida se met à nouveau en scène dans un personnage qui cherche toujours à dépasser quelque chose. Ici : la capacité d’expression de son corps, à travers la manifestation physique du désir et de l’intériorité. On plonge dans une œuvre à la fois intime et éloquente, vraie découverte de la saison.

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