Le jeu de l’amour et du hasard

Tous les moyens sont bons pour faire découvrir Marivaux. En voici un : cette version pop-rock proposée par Salomé Villiers.

Théâtre

Un reboot au montage aussi acéré qu’un scratch électro, un cadeau pour les jeunes et une bonne porte d’entrée vers l’œuvre la plus célèbre de l’auteur. Tout est dans la manière, celle de la jeune interprète-metteur en scène est solaire, fougueuse et contemporaine. On la retrouve dans la peau d’une Silvia inquiète : son père Orgon lui propose un mariage avec Dorante, un parfait inconnu. Avant de le rencontrer, elle propose à Lisette, sa servante, de prendre sa place afin d’observer son futur époux de loin. Mais voilà : Dorante échafaude le même plan avec son valet Arlequin . La farce peut démarrer. Elle se déploie dans un décor bucolique (pelouse, chaises longues, boissons fluo…) où se découvrent les deux couples au fil d’un entrelacs de quiproquos rocambolesques.

Naissance des désirs, confusion des sentiments… le cocktail est euphorisant et servi » on the rocks » grâce à une série de clips muets drolatiques dopant l’ensemble (mention à Léo Parmentier qui joue finement avec les codes de l’art vidéo). Sous la surface lisse de ces images kitsch, pulse un conte à la fois drôle et cruel dans lequel la question du déterminisme social est thématisée. La colère sourde des deux valets (Raphaëlle Lemann et Etienne Launay) est ici opposée à la légèreté amusée des maîtres (Bertrand Mounier, Philippe Perrussel) et nous rappelle opportunément que l’inversion des rangs sociaux n’est pas anodine. Côté maîtres, seul Dorante (François Nambot, jolie figure d’amoureux embarrassé) semble en mesurer les dangers. Sous-tendu par une bande son voguant de Bowie aux Beatles, le spectacle restitue avec jubilation la plume tour à tour caressante et griffue de Marivaux. 

Note : 4/5