Le Kikk, festival des arts numériques, c’est pas que pour les geeks !

Du 1e au 4 novembre, les amoureux des nouvelles technologies et des innovations artistiques avaient rendez-vous dans la ville belge de Namur pour le Kikk festival, événement majeur dédié aux cultures numériques et créatives.

 

Le Kikk, édition 2018

Le dinosaure gonflable près du Kikk Market
© CLessire

 

Samedi 3 novembre, Namur, grand soleil. Un immense dinosaure gonflable, majestueux, se dresse sur la place d’Armes et surveille d’un œil bienveillant le chapiteau qui abrite le point de départ du festival. Ce gentil diplodocus, disparu depuis bien longtemps, nous plonge d’emblée dans la thématique de cette 8e édition, « Species and Beyond »( « espèces et au-delà »). Observant les créateurs et leurs prototypes s’affairer sous cette tente, l’animal nous invite à penser l’influence, souvent néfaste, de l’humain et des technologies sur la planète et ses écosystèmes. Le choix de ce sujet à l’ancrage très actuel confirme la position d’un festival devenu le rendez-vous incontournable pour les amateurs des cultures numériques.

Depuis sa création en 2011, on peut dire que le Kikk Festival en a fait du chemin. Ayant attiré 500 personnes lors de sa première édition, l’événement a vu plus de 25 000 visiteurs fouler le sol de la ville belge entre le 1e et le 4 novembre. À l’initiative du projet, deux entrepreneurs, Gilles Bazelaire et Gaëtan Libertiaux, qui ont eu l’idée de rapprocher les univers de l’art, de la science et des nouvelles technologies. Affichant une fréquentation croissante d’année en année, le festival digital a d’abord été pensé autour d’un cycle de conférences où la parole est donnée à des scientifiques, des entrepreneurs mais aussi des artistes. Autour de ce noyau dur se sont progressivement agrégées de nouvelles manifestations : expositions, workshops, concours créatif ou encore performances live.

 

Un festival hybride

Oeuvre du Kikk festival
©Kat Closon

 

Mêlant technologie, entrepreneuriat, arts visuels, musique, architecture et médias interactifs, ce festival hybride réussit le pari de décloisonner les genres mais aussi de démultiplier son adresse : si le caractère pointu et audacieux de ses propositions séduit les professionnels, le Kikk intéresse aussi le grand public, enfants comme adultes, des novices en quête de découvertes aux passionnés de culture digitale. « C’est un festival qui montre au public que la technologie et les cultures créatives, ce n’est pas geek : c’est accessible à tout le monde ! » déclare Marie du Chastel, programmatrice et coordinatrice du festival. On oublierait presque de mentionner que, fort de toutes ses qualités, le festival est en plus gratuit pour la plupart de ses manifestations !

C’est un véritable succès qu’ont rencontré les organisateurs de l’édition 2018 : avec une explosion du nombre attendu de festivaliers, le Kikk a rallié les suffrages grâce à son thème fort et fédérateur, questionnant l’interdépendance entre nature et technologie, mais aussi grâce à sa toute dernière innovation : le Kikk in Town ! Exposition itinérante au cœur du centre-ville, l’installation indoor et outdoor regroupait plus de 30 créations numériques, dont un parcours en réalité virtuelle animée. L’art et la technique, dans tous leurs états, ont pris leurs quartiers au sein de lieux insolites, permettant aux visiteurs de découvrir les merveilles d’architecture namuroise sous un jour inédit.

 

Un parcours varié et détonant

L'oeuvre Feux d’artifice
©kikk festival

 

De ce parcours poétique, on garde un souvenir d’œuvres éclectiques, toutes plus surprenantes les unes que les autres : il y a ces méduses dont le mouvement, capté par un détecteur, influe sur la contraction des vaisseaux d’un poumon. L’œuvre, intitulée « Aurelia 1+ HZ / Proto Viva Generator », inverse la logique des robots, régis par l’intelligence artificielle numérique, pour rendre à un organisme vivant la faculté d’influer sur la vie d’une machine. Vivien Roubaud, lui, nous sidère avec ses « Feux d’artifice », des matières explosives figées dans du gel de pétrole polymérisé à l’instant même de la déflagration. L’impression du temps qui s’arrête, laissant le spectateur, un peu voyeur, libre d’observer de plus près ce qui fait peur et fascine tout à la fois. La sensation de jouer avec le feu en rapprochant son visage de l’explosion faite image.

Tout aussi captivante est l’installation « SMing » du collectif Superbe dans l’église Notre-Dame D’Harscamp. Sur une estrade, un enfant monte, déclame une note et se saisit d’une baguette de chef d’orchestre. Soudain, son visage démultiplié apparaît sur une quinzaine d’écrans pour former une chorale très… narcissique ! Ce projet fou, c’est celui de deux anciens musiciens qui ont conservé leur passion première : après s’être intéressés à la question de la synthèse vocale, ils se sont lancés dans cette création qui joue avec le motif harmonique. « Dans la baguette, il y a deux capteurs : un gyroscope et un accéléromètre qui permettent d’analyser les mouvements des gens. C’est sur la base de cette analyse que la musique se crée : grâce à un softeware qui analyse la voix et la repositionne sur l’harmonique la plus proche de la tessiture naturelle, la voix est multipliée pour créer l’ensemble.  » développe Gaëtan Libertiaux.

 

L'oeuvre SMing
© Andri Haflidason, social media

 

Autre église, autre style : c’est le fruit du pur hasard si l’œuvre « Water » s’est retrouvée dans la Cathédrale Saint-Aubin, celle-là même qui avait connu de terribles inondations près de 300 ans auparavant. Un rêve aquatique, voilà ce à quoi nous invite l’installation de Leonardo Cantoni, Rejane Crescenti et Raquel Kogan. En déambulant le long d’une coursive recouverte de miroirs sur lesquels des spots projettent leurs lumières, le promeneur participe à créer l’illusion du miroitement naturel de l’eau dorée par le soleil. Tapissant les murs de la cathédrale, ces réflexions viennent sublimer l’architecture d’un lieu aux dimensions soudainement oniriques…

 

Le Kikk Market

Le Kikk Market
©Simon Fusillier

Éblouis par tant de génie créatif, on se devait tout de même de faire un saut du côté du Kikk Market, qui crée un pont entre art, technologie et vie pratique. Point de départ du festival où les visiteurs peuvent se procurer les plans, ce showroom de 500 m2, regroupant start-up et porteurs de projets en tout genre, fonctionne comme la vitrine des innovations technologiques. Derrière sa dimension un peu « business », cet espace permet de donner une visibilité à la créativité des makers à travers des projets pour certains à l’état de prototype, pour d’autres déjà commercialisables.

Là aussi, l’étonnement est au rendez-vous ! On ne peut qu’avoir envie de repartir sur la monture du futur : le vélo électrique Cowboy. Conçu avec l’ambition d’apporter une nouvelle solution en termes de mobilité urbaine, ce modèle de 16 kg a le poids d’un vélo classique mais avec tout un tas de technologie en plus : « Quand on pense le vélo électrique, c’est souvent lourd, c’est souvent cher, et c’est souvent laid. C’est tout le contraire ici : avant de penser le design, on a pensé la technologie » explique le présentateur du stand. La signature de ce vélo électrique ? Il est doublement connecté : par le biais d’une appli, l’utilisateur peut allumer ou éteindre l’assistance électrique, mais aussi avoir accès à un système de navigation qui optimise les parcours cyclistes et donne accès à toute une série de datas (vitesse moyenne, kilomètres parcourus). Également connecté au serveur Cowboy, votre engin pourra être déclaré comme perdu via l’appli puis géolocalisé. On retient aussi l’assistance électrique intuitive qui aide dans les moments les plus difficiles en mémorisant la force appliquée sur la pédale, et on reste conquis par le design épuré mais très urbain d’un modèle au nom iconique : finalement, le cowboy, ce n’est plus tant ce vélo révolutionnaire que celui qui va en prendre les commandes, cet Homme mobile, audacieux, qui rêve de conquête et d’espace !

 

Le vélo électrique Cowboy
© Léa François

 

Pour une révolution à domicile, on mise sur l’incubateur à spiruline ! Vous connaissez ce superaliment un poil couteux désigné comme l’aliment du futur par l’OMS ? Et si vous développiez votre propre culture ?! Le projet MicroSpir rassemble les paramètres nécessaires à la croissance de la spiruline au sein d’un espace restreint : une cuve de 7 litres. Là où le produit se démarque, c’est qu’il génère de la spiruline fraiche et non pas sèche telle qu’on la trouve ordinairement dans le commerce : « c’est ce qui est le plus riche au niveau nutritif car les protéines ne sont pas dégradées par le processus de séchage, les antioxydants ne sont pas oxydés, ce qui garantit une absorption maximale de tous les nutriments » argumente l’entrepreneur. Même pas besoin d’être un grand chimiste pour se servir de SpirhOme : après avoir rempli la cuve d’eau, il suffit d’y introduire la souche et d’y ajouter un ensemble de sels minéraux. On le met en route, et on récolte notre culture une semaine plus tard sous la forme d’une pâte fraiche que l’on pourra extraire quotidiennement pendant 8 semaines. À consommer sur la base d’une cuillère à café par jour, soit seule soit dans une préparation. Comme tout bobo parisien qui se respecte, on était converti direct et on avait bien envie de repartir avec notre cuve sous le coude !

 

L'incubateur à spiruline SpirhOme
©Léa François

 

Enfin, coup de cœur pour le stand qui n’a pas désempli de tout le festival : le simulateur de parapente Apex ! Conçu par le studio parisien I.C.E.B.E.R.G spécialisé en réalité virtuelle, ce prototype vous met dans la peau d’un conducteur de parapente ! Vincent Rieuf, principal concepteur du système et lui-même pilote à ses heures, nous explique que ce prototype ambitionne de devenir un véritable outil de formation : « il reproduit assez fidèlement l’expérience du parapente ! C’est idéal pour mettre en confiance les jeunes pilotes : par exemple, pour faire un atterrissage, il y a plusieurs stratégies en fonction des positions, du vent, du nombre de personnes qu’il y a autour de vous. Suivre un plan de vol, voler en communauté, ce sont des choses assez stressantes pour un pilote novice, et ça s’apprend ! On vise donc une installation de ce type de structures dans les centres de formation de parapentistes ». Un projet très louable dont le pouvoir évènementiel a attiré bon nombre de festivaliers en quête de sensations fortes !

 

 

Dur dur de quitter la ville de Namur après un week-end si riche en découvertes et expérimentations. Pour celles et ceux qui auraient loupé cette édition, ne manquez pas le prochain rendez-vous en 2019 qui offrira de nouveau un panel des meilleures offres dans le domaine des innovations économiques et artistiques. Les férus d’art, de technologie et d’innovation devront se donner le mot car le prochain volet de cet événement avant-gardiste promet de relever, encore et toujours, de nouveaux défis…