Le Luxembourg inspire les artistes

Avec l’arrivée du printemps, les jardins parisiens encore endormis par ces longs mois d’hiver commencent à se réveiller. Véritable mythe pour tous les Parisiens, le Luxembourg fait actuellement l’objet d’un hommage arty dans une galerie de Saint-Germain. L’occasion de revenir sur son histoire royale.

Dès que le soleil pointe son nez, nombreux sont les Parisiens à se ruer au “Luco” pour la pause déjeuner. Là, pour les amateurs de bronzette, une drôle de chasse au trésor a lieu, qui consiste à trouver une chaise disponible. Une autre scène bizarre suit en général, celle du bienheureux tirant son siège en métal lourd comme un âne mort vers le spot lui semblant le meilleur, faisant crisser le gravier au passage, de quoi réveiller ceux qui auraient tenté une sieste…

Car oui, même les sièges vert anglais sont mythiques dans ce parc chargé d’histoire. Ils ont été créées en 1923 par les ateliers de la ville de Paris, et c’est aujourd’hui l’entreprise made in France Fermob qui les fabrique pour le célèbre jardin. Bordé au nord par la rue de Vaugirard, à l’est par le boulevard Saint-Michel, au sud par la rue Auguste-Comte et à l’ouest par la rue Guynemer dans ce carré feutré du 6e arrondissement, le jardin du Luxembourg attenant au palais du même nom (aujourd’hui le Sénat) s’étend sur 25 hectares.

Aménagé en 1623 par Jacques Boyceau à la demande de sa propriétaire Marie de Médicis, veuve du roi Henri IV, il s’étend à l’époque jusqu’au boulevard Saint-Michel, appelé alors rue d’Enfer. De cette période, il ne reste que trois éléments principaux : le parterre à la française installé dans l’axe du palais avec son grand bassin central, la “grotte du Luxembourg” renommée “fontaine de Marie Médicis” construite par Thomas Francine, et enfin, perpétuant une tradition horticole, les serres d’orchidées qui bordent la rue Auguste-Comte et les fameux palmiers et bigaradiers (les orangers) vieux de deux siècles qu’abrite l’Orangerie et qui sont le témoignage vivant du passé.

Michel Boucher. Les Trois Fauteuils. @ Michel Boucher, courtesy Jardins en art.

Statues, chaises et plantes.

Depuis 1830, le parc est devenu le lieu de prédilection des promeneurs, des flâneurs et des sportifs (du dimanche), avec la possibilité de pratiquer le tennis. Peut-être vous êtes-vous déjà amusé à compter les statues : elles sont 106 au total, éparpillées dans le jardin, représentant des reines et des personnages célèbres. Le Luxembourg possède une partie “à la française” située dans l’axe du palais et des parties “à l’anglaise” du côté de la rue Guynemer. Entre les deux s’étend la forêt géométrique des quinconces.

À ces trois zones bien différenciées s’ajoutent, au sud, les pelouses et un verger, conservatoire de pommologie de variétés anciennes et oubliées, situé face au lycée Montaigne, sur le côté de la rue Auguste-Comte. Depuis sa création, le jardin du Luxembourg est une source d’inspiration pour les artistes et les écrivains, de Victor Hugo à Guy de Maupassant en passant par Robert Doisneau.

Aujourd’hui, trois artistes lui rendent hommage dans une exposition atypique à la galerie Jardins en art. La photographe Claire de Virieu a consacré son travail aux moments où le lieu est désert, c’est-à-dire rarement, quand il est enseveli sous la neige. Une dizaine de clichés graphiques à la douce poésie montrent des lignes de chaises délaissées, dans la rude beauté de l’hiver parisien – même si cette année, nous n’avons pas eu la chance de le voir sous ce manteau blanc. Pascale P. Maes est peintre, et a installé son atelier à deux pas du parc.

Elle s’est concentrée sur la jungle luxuriante de l’Orangerie, à travers une vingtaine d’œuvres sur toile ou sur bois illustrant cette vie végétale l’hiver sous couvert, avec les palmiers et les caisses d’orangers. Enfin, l’illustrateur Michel Boucher s’est de son côté intéressé aux célèbres chaises vertes à travers trois tableaux les représentant, qui en disent long sur leur statut iconique.

Michel Boucher (c) Courtesy Jardin en art
A gauche : Le livre au fauteuil
A droite : Les trois fauteuils