Le Misanthrope VS politique

A ceux qui trouvent que les grands classiques du répertoire exhalent trop souvent un parfum de naphtaline, on ne peut que recommander cette relecture contemporaine du chef d’œuvre de sieur Poquelin.

D’emblée, le ton est donné : VS comme « version«  car c’est avec les armes du politique que Claire Guyot (mise en scène-adaptation) dévoile dans un compte à rebours inéluctable, ces sphères du pouvoir rongées par les coteries et la langue de bois. VS comme « versus«  car Alceste, ancien spin doctor du Président de la République ne parvient plus à travailler pour le nouveau candidat. Après la mort de son mentor (qui n’était autre que le mari de Célimène), son âme n’est plus compatible avec les vertus de la Cour. :« C’est n’estimer rien que d’estimer tout le monde ».  Il tente alors de convaincre la jeune veuve – une manipulatrice de choix dont il est raide dingue- d’oublier tous les humains. Las !

Sa donzelle est peu séduite par le désert. Au cœur des antichambres des cabinets ministériels éclairés par Laurent Béal, nos petits marquis (Oronte, Philinte, Clitandre, Acaste, Arsinoë…) sont élégants grâce aux costumes de Nadia Rémond et constamment connectés. Quant à l’expertise de Molière, elle demeure intacte. Ainsi que sa noirceur : est-ce ainsi que les hommes vivent ? Comment réhabiliter la transparence ? Le pari était risqué mais cette version moderne déflagrante fredonne un petit air satirique salvateur. Pierre Margot (égaré), Julie Cavanna (aussi détachée qu’attachante), Emmanuel Lemire, Edgar Givry, Nastassja Girard, Benoît Du Pac, Denis Laustriat et Annick Roux s’acquittent avec talent de leur mission. La mise en scène cinématographique frappe de face comme un vent frais : Célimène compte des billets de cent euros,  les smartphones font partie du décor (Jean-Michel Adam) mais les vers de Molière sont respectés jusqu’au dernier. Les jeunes vont kiffer. 

Note : 3/5