LE POISSON BELGE

Combien singulier est l’univers de Léonore Confino ! Ici, il faut se laisser gagner par le récit farfelu d’une collision entre deux atomes contraires qui se cognent, se dérangent avant de s’aimanter.

Desséché par la solitude, regard essoré de toute illusion, Grande Monsieur se nourrit de soupes lyophilisées, porte un ventre empli de couleuvres et apprécie d’être frappé régulièrement. Petit Fille est une gamine crâne, asthmatique encombrée d’un cartable trop gros, d’équations à résoudre, de cauchemars, de branchies et…d’un immense besoin d’amour. Comment croire une seconde à cette histoire démente ? Vous l’avez saisi, l’auteure braconne sur les terres du conte fantastique pour brasser des questions complexes : la difficulté de respirer quand on se sent hors norme, l’identité, les crises de conscience, la question du genre. On mord vite à l’hameçon : son humour loufoque et pataphysique, sa façon de déroger au beau langage entre rires et larmes, nous entraîne dans des voies incongrues, oniriques. Car Confino sait écrire le silence, suggérer en filigrane le lien tout en écailles qui se tisse entre ces deux êtres cabossés. Et ménager les surprises. Par exemple, on n’apprend pas immédiatement que l’une est un bout de l’autre… un bout qui jusque-là l’oppressait. Elle force ainsi à la réflexion et joue de façon joliment déroutante avec les préjugés. La réussite vient aussi des deux comédiens, subtilement dirigés par Catherine Schaub, avec en bruits de fond d’étranges respirations. Marc Lavoine est à la mesure du rôle, à la fois sobre et intense, capable de distiller les émotions les plus ténues. Géraldine Martineau incarne cette drôle de fille-poisson avec un timing parfait de l’expression et du geste burlesques. Vous hésitez à nager dans ces eaux troubles ? Nous, on y a plongé tête la première et en apnée jusqu’au fond.

Note : 4/5