Le silence et la nuit

Cinq salles, cinq œuvres, cinq environnements différents et étrangement reposants… Voilà comment l’artiste belge Hans Op de Beeck a choisi d’investir, avec brio, les espaces du CENTQUATRE, plongés dans l’obscurité.

Les trois installations sculpturales et deux œuvres vidéo présentées dans l’exposition créent une atmosphère douce et ouatée, comme un paisible voile de calme qui viendrait se déposer sur l’espace d’exposition. Réalisée quasiment à échelle réelle, Caravan pourrait être un décor de théâtre. Une place enneigée la nuit, avec son manège, son banc, son lampadaire, et puis une caravane dont émane de la lumière, seul indice d’une présence humaine. Le feu de camp factice, sur l’avant, semble si réaliste qu’on se prend à ressentir sa chaleur, réconfortante au sein de ce lieu abandonné et comme figé au cœur de l’hiver. La musique, très présente, agit comme dans un film : ses variations influencent notre lecture de l’œuvre, tantôt mélancolique, sombre ou plus légère. Il émane de l’ensemble une grande douceur et un léger malaise, le sentiment d’une solitude immobile et sourde. Pour peupler et animer la scène, ponctuée de minutieux détails, notre esprit tire alors profit du potentiel narratif de chaque objet et imagine avec entrain mille scenarii possibles.

Les autres installations monumentales de l’exposition paraissent elles aussi dépourvues de toute présence humaine et comme hors du temps, en sommeil. Du fait de la peinture grise qui le tapisse, le mobilier de The Lounge semble recouvert d’une couche de cendre ou de poussière. Le crâne, les bougies, mégots et autres détritus qui composent ce salon d’hôtel disent quelque chose du caractère éphémère de la vie et constituent en cela de véritables memento mori. Le silence règne dans cette salle, tout comme devant la dernière installation de l’exposition (The Settlement (2)), où seul le discret clapotis de l’eau se fait entendre. Pour représenter ce village sur pilotis, Hans Op de Beeck a déployé une frappante attention aux détails : barques, filets de pêche, bois mort… On soupçonne une réelle délicatesse dans sa façon de créer. D’ailleurs, dans le film Staging Silence (2), les mains de l’artiste se donnent à voir à l’écran. Sous nos yeux, elles font et défont des maquettes de villes et de paysages, dans un geste artistique d’une grande maîtrise et d’une touchante poésie, porté par la musique omniprésente et le noir et blanc des images. Quel saisissement de voir naître d’incroyables architectures à partir de simples morceaux de sucre, tablettes de chocolat ou autres bouteilles d’eau ! Un peu plus loin, c’est par une balade musicale nocturne et onirique (Night Time (extended)) que se termine notre visite.

D’un environnement à un autre, on se confronte à différentes échelles et on admire la maîtrise des éclairages, toute théâtrale, développée par l’artiste. Chaque salle de l’exposition renferme une expérience résolument singulière, propice à l’introspection ; et notre rapport à la solitude, à la mort, se trouve apaisé par tant de calme. Ainsi, Saisir le silence constitue une véritable invitation à prendre le temps, à adopter une démarche contemplative, à l’abri du tumulte du monde extérieur.

Saisir le silence / Hans Op de Beeck Jusqu’au 31 décembre au CENTQUATRE-PARIS 5 rue Curial – 19è, M°Riquet Les mercredis, jeudis et weekends de 14h à 19h. Entrée : 5 € / 3 € (réduit). www.104.fr.