L’envers du décor

Étonnant Daniel Auteuil. Il pourrait étayer en père peinard une filmographie déjà bien remplie ou se reposer sur le succès de « Nos Femmes » dans ce même lieu, il y a deux ans. Au lieu de quoi, il préfère faire son retour sur les planches avec cette pièce écrite sur mesure pour lui par Florian Zeller.

Comédie

Un projet qu’il porte à bout de bras sous la double casquette de comédien-metteur en scène. L’événement était attendu et l’affiche alléchante. Doit-il pour autant susciter des attentes démesurées ? Eh bien, non. Le récit repose pourtant sur un parti pris intéressant : montrer le mentir comme une activité ordinaire bien intégrée au tissu social (difficile en effet d’exprimer ce que l’on pense, sans filtre, au risque de heurter). Comment ? En ayant recours à l’aparté – Molière en faisait son miel – un procédé poussé jusqu’au bout par Zeller. Ici, les personnages emploient le double langage, livrant leurs pensées secrètes au public, à l’insu des autres et en contrepoint de ce qu’ils expriment réellement. L’histoire ? Daniel ne sait comment annoncer à sa femme Isabelle qu’il a invité son ami Patrick (fraîchement séparé de la meilleure amie d’Isabelle) avec Emma, une bombasse de 28 ans. On devine que la soirée sera gratinée. Pourquoi faire la fine bouche, alors ? Parce que les poncifs abondent : la blonde potiche, l’épouse intello et dominatrice, le couple perclus de mensonges, mais installé dans un confort émollient… autant de stéréotypes qui s’agitent au service d’une comédie écrite à la hâte et lourdement mise en scène. Jeu fondé sur l’exagération univoquement clownesque, Auteuil cède le premier plan à Valérie Bonneton (impeccable) aux côtés d’un François-Éric Gendron (parfait en mâle alpha) et d’une Pauline Lefèvre encore gauche. Saluons également le décor de Jean-Paul Chambas : il a plus d’esprit que la pièce. 

Note : 3/5