Les Caprices de Marianne

Comment appréhender ce classique qui se coltine les affres de l’amour et la douleur des hommes dans une Naples écrasée par le terrible empois des conventions ?

Comment appréhender ce classique qui se coltine les affres de l’amour et la douleur des hommes dans une Naples écrasée par le terrible empois des conventions ? S’appuyant sur la version théâtrale non censurée d’Alfred de Musset (le texte a été souvent ravaudé), Stéphane Peyran a tenu à faire entendre cette œuvre du XIXe siècle à la génération actuelle. Normal : sous son titre léger, elle évoque une jeunesse à bout de souffle et des motifs conformes à leur vérité contemporaine : coup de foudre, amitié, fidélité, corruption, dépression, alcoolisme, religion, émancipation…. Et le metteur en scène touche juste, dans sa capacité à nous faire palper une sorte de vide et à nous interroger sur le mot liberté.

C’est parti pour un songe dionysiaque, anxiogène, où règnent la peur et la délation. Les sentiments sont bruts, les situations abruptes, la poésie jaillit du chaos entre commedia dell’arte, tragique et burlesque : masques biscornus effrayants, pavés jonchés de confettis, traces du carnaval organisé en savante catharsis. Subtil architecte, Peyran organise des scènes d’une belle densité sans oublier que la réussite d’une pièce passe aussi par le soin apporté aux lumières (Laurent Béal), aux costumes (Ségolène Bonnet et Baptiste Belleudy) et aux décors (Pierre Pernois-Anne d’Alançon).

Dans ce beau travail d’atmosphère scandé par une sorte de space opera napolitain enivrant (La Gatta Cenerentola de Roberto de Simone, La Cavalleria Rusticana de Mascagni…), le texte se savoure dans ses infimes linéaments. « Vous êtes comme les roses du Bengale, sans épines, sans parfum », lance Octave à Marianne. Saluons le Théâtre des Affranchis (Guillaume Bienvenu, Margaux Van Den Plas, Axel Blind, Robin Laporte, Colette Teissèdre, Stéphane Peyran, Sylvy Ferrus et Gil Geisweiller), une troupe qui forge avec les moyens du bord, c’est-à-dire avec son imagination et sa fougue, une manière formidablement ardente et moderne de faire du théâtre.