Les chatouilles ou la danse de la colere

C’est une pièce qui secoue, une de celles – elles sont rares- sur lesquelles on préfèrerait n’avoir pas à mettre de mots car ceux-ci ne peuvent retranscrire l’indicible

Molière 2016 du Seul(e) en Scène), Andréa Bescond empoigne le public parisien depuis des mois et c’est justice. Pourtant, le thème n’a rien d’avenant (le trauma d’une petite fille, qui de 8 à 12 ans, a subi les assauts d’un « ami de la famille »). Pourquoi aborder un thème si lourd ? Parce que ce texte s’est imposé à l’auteure-interprète comme « une survie, l’envie de dire haut et fort ce que beaucoup ne veulent pas entendre ». A travers le combat douloureux d’Odette, une jeune danseuse de 30 ans dont l’enfance a été confisquée, l’artiste entend dénoncer une réalité sordide. Ce drame fondateur asphyxiant, elle le raconte magnifiquement, campant tous les personnages (prof de danse surexcitée, copain rappeur, mère sanglée dans le déni…), boxant avec les mots, virevoltant comme un derviche pour dire à vif la psyché troublée d’Odette. Car c’est d’abord avec son corps que cette comédienne de feu écrit, libérant toutes ses forces telluriques dans cette danse du diable mâtinée de Krump. Ce corps qui n’a rien oublié de ses souffrances, de sa résistance, de sa résilience. Depuis le cabinet d’une psy où elle consulte avec sa mère, elle déballe tout : les « chatouilles », les paradis artificiels, sa déposition au commissariat, le procès de son agresseur etc. Ou comment transformer sa souffrance en (a)plomb et en or. Sous-tendu par une bande sonore pop et éclectique (de Madonna aux musicals des années 2000), une solide formation de danseuse et la mise en scène au cordeau d’Eric Métayer, ce phénoménal cri de rage et de victoire revient sans cesse dans les pensées de qui l’aura vu. 

Note : 4/5