Les cris du cœur d’Alba Rohrwacher

Le talent a un nom, difficile à prononcer, certes, mais qu’on devrait entendre de plus en plus : Alba Rohrwacher. Vue dans Ce que je veux de plus, La Solitude des nombres premiers, La Belle Endormie de Marco Bellocchio, récemment dans Les Merveilles de sa sœur Alice Rohrwacher, la comédienne crève l’écran en mère désaxée dans Hungry Hearts, en salles cette semaine.

Pourquoi avez-vous accepté ce rôle de mère surprotégeant son bébé au point de le mettre en danger ?

Alba Rohrwacher : Parce que j’aime travailler avec le réalisateur Saverio Costanzo, avec qui j’avais déjà fait La Solitude des nombres premiers. Quand il m’a donné le scénario, je lui ai dit : « OK, je veux le faire », sans même l’avoir lu. Et quand je l’ai lu, j’ai trouvé très intéressant le fait d’interpréter un personnage qui pourrait être démoniaque comme si c’était quelqu’un de bien. Parce que le scénario ne la juge pas, et moi non plus, mais je sais que tout ceux qui vont la voir se diront : « Quand même, elle est borderline. » Donc pour moi, ça a été un vrai cadeau qu’il me demande de jouer ça.

Comment vous êtes-vous préparée pour le rôle ?

Je suis allée à New York, j’y suis restée un mois et demi pour travailler sur le scénario et m’imprégner de la ville. J’y étais déjà allée, bien sûr, mais seulement en tant que touriste, et là, j’ai compris que vivre à New York pouvait être très, très difficile si vous êtes seule. Parce que c’est une ville qui vous donne beaucoup, mais si vous n’avez pas les bonnes connexions, il n’est pas si facile d’y rester.

Vous êtes plutôt du genre méthode Actors Studio, vous cherchez à devenir complètement le personnage que vous jouez ?

Je crois en la méthode, mais je crois qu’il faut toujours pouvoir rester un petit peu en dehors. Je dois être investie dans mon personnage, mais mon personnage n’existe que s’il interagit avec les autres. Pour moi, l’écoute est l’une des parts très importantes de ce métier. Sinon, on risque de rester coincé dans sa propre vision du rôle, de ne pas être raccord avec les autres personnages, ou avec ce que veut le réalisateur. Il faut être prête à tout.

Un article vous a comparée à Tilda Swinton, Cate Blanchett et David Bowie. Quel effet ça fait ? David Bowie !

(rires) C’est un honneur. J’ai joué la fille de Tilda Swinton dans Amore. C’est une femme et une actrice incroyable. Le réalisateur trouvait que nous avions une certaine ressemblance physique.

Quand on voit Hungry Hearts, on pense aussi à Gena Rowlands. Elle fait partie de vos inspirations ?

Je l’adore ! Depuis mes débuts, je me suis inspirée de tous ses films. C’est une actrice totalement libre, et en même temps d’une précision rare.

D’ailleurs, l’atmosphère rappelle un peu celle des films de John Cassavetes.

Oui. Même si Hungry Hearts est totalement différent, et plus sombre que les siens, à mon avis.

Qu’est-ce que vos Donatello (l’équivalent des César en Italie) de meilleur second rôle en 2008 pour Giorni e nuvole et de meilleure actrice en 2009 pour Il papà di Giovanna ont changé dans votre vie ?

C’est important, mais ce n’est pas pour autant le but de mon travail. Je sais que cela aide, mais que dans ce métier, vous pouvez recevoir beaucoup un jour et plus rien le lendemain. C’est important pour moi de ne pas y penser, mais j’essaie d’apprécier les bons moments, comme cette année au Festival de Venise.

Vous y avez reçu la Coupe Volpi de la meilleure actrice, et votre partenaire Adam Driver celle du meilleur acteur pour Hungry Hearts.

C’est très important pour le film, parce que Hungry Hearts est fondé sur la relation sur les deux personnages, et le jury a dit : OK, on vous récompense tous les deux.

Qu’auriez-vous fait si vous n’aviez pas pu faire de cinéma ?

Je ne sais pas. Peut-être que je serais devenue médecin. J’ai fait deux ans d’études et j’ai arrêté… pour des raisons théâtrales.

Pourquoi avez-vous voulu faire du théâtre ?

C’était une façon de jouer avec mon corps, mes émotions, une manière de raconter une histoire, de découvrir des choses sur moi. C’est une passion, tout simplement. J’ai travaillé pour intégrer l’école de cinéma nationale en Italie, et quand j’ai été prise, je m’y suis mise sérieusement.

De quoi rêviez-vous quand vous étiez enfant ?

J’ai grandi à la campagne assez loin de tout, et j’avais des rêves très simples, comme aller en ville pour voir un film. Ça, c’était un rêve, et une chose pour laquelle je devais me battre. Je devais trouver quelqu’un qui puisse m’emmener en voiture, et me ramener à la fin de la séance.

Un mot de conclusion ?

Merci. Ciao !

Hungry Hearts de Saverio Costanzo, avec Adam Driver et Alba Rohrwacher. Drame. Sortie le 25 février.