6 spectacles à ne pas manquer en 2019

Alerte. Pour ceux dont les cadeaux ont déçu dans les chaumières, pour les familles brisées par une rixe autour de la dinde, le temps de la réconciliation a sonné. Cette année, on ira au théâtre, tous ensemble. Et pour ne pas empirer la situation, mieux vaut faire les bons choix. Les spectacles incontournables de 2019, c’est par ici !

 

MELANCOLIE(S)

Mélancolies © Simon Gosselin
© Simon Gosselin

 

La Tchekhovmania n’en finit plus de nous surprendre. Ici, un mix d’Ivanov et des Trois Sœurs sauce contemporaine. L’histoire croise celle des Trois Sœurs pour un drame familial où tout le monde cherche — non pas son chat — mais un sens à donner à sa morne existence. Alors on boit, on s’engueule, on dilapide tout son fric et on se remarie à tour de bras pour éviter de voir cette chienne de vie s’échapper sans qu’on puisse avoir eu le temps de la sentir passer.

Les prénoms ont beau avoir été changés (pour respecter l’anonymat des personnages), les textes sont restés quasiment intacts. Et les errements sentimentaux de chacun semblent s’inspirer d’une période qui pourrait tout à fait être la nôtre : absence d’envie, peur de l’avenir, désir et douleur de devoir être ensemble, incapacité à prendre une décision… Une bonne petite purge existentielle qui vous fera le plus grand bien.

CDN de Sartrouville
Place Jacques Brel, Sartrouville
Du 31 janvier au 1 février 2019

 

GRANDE

Les meilleurs spectacles de 2019
© Grande : source : Facebook

 

Vimala Pons en meneuse de revues, accompagnée de son éternel acolyte au nom imprononçable Tsirihaka Harrivel, dans un spectacle aux allures de (très) joyeux bordel. Voilà une reprise qui promet ! Deux gus à l’air hagard nous font face au milieu d’un plateau recouvert d’objets pour le moins hétéroclites. Vimala Pons et Tsirihaka Harrivel, sans doute les circassiens les plus en vue du moment, ont décidé de remettre le couvert avec GRANDE, spectacle volontairement incomplet composé de 8 revues délirantes autour de thèmes allant de la rupture amoureuse aux règlements de comptes politiques à petits coups de fléchettes (avec Vladimir et Marine en cœurs de cible). Diablement inventifs et réglés comme un concert d’horloges, l’enchaînement est parfait, le rythme trépidant, la musique jubilatoire. Une énième reprise, certes, déjà complète, certes, mais ça se tente en dernière minute !

Centquatre Paris
5 rue Curial, 19e

Du 19 février au 2 mars 2019

 

BIGRE

Bigre © Pascal Perennec
© Pascal Perennec

 

Reprise de cet irrésistible conflit de voisinage entre trois comédiens muets aux agissements catastrophiques, qui repousse les limites du mélo burlesque. Il y a le geek fan de karaoké japonais dans son appartement immaculé à l’électroménager futuriste ; l’amoureux de la nature qui empile des boîtes en carton, dort dans un hamac et élève un lapin de garenne ; et enfin la bimbo adepte des médecines plus ou moins douces et des décolletés plongeants.

Trois personnages terriblement seuls qui vivent côte à côte, se croisent et se rendent service de temps à autre. Voilà un portrait éminemment cynique de la solitude forcée des citadins, élaboré sur un torrent de gags oscillant entre détails scabreux et bourdes scatophiles. On se croirait devant un film muet, peuplé de personnages croqués sous nos yeux par un habile caricaturiste. A (re)voir !

Théâtre du Rond-Point
2bis avenue F.D. Roosevelt, 8e
Du 4 au 30 juin 2019

 

SAIGON

Saigon © Christophe Raynaud de Lage
© Christophe Raynaud de Lage

 

Si on vous fait le coup de l’interro surprise « France & Vietnam, 1956-1996 », pas sûr que ce soit votre jour de gloire. Fort heureusement, Caroline Guiela Nguyen est là pour colmater le trou béant de vos connaissances historiques sur le sujet. Car il s’en passe des choses en 40 ans : de la décolonisation à la possibilité de retour au pays, c’est toute une flopée d’hommes et de femmes ballottés entre tristesse du départ et nostalgie du passé. On bondit d’une époque à l’autre, toujours dans ce même restaurant tenu par l’adorable Marie-Antoinette, ouvert à Saigon puis dans le 13ème, où tous se retrouvent autour de drames familiaux plus ou moins passés sous silence…

Dans un décor digne des plus beaux films de Wong Kar-wai, les personnages se quittent, reviennent en arrière et poussent la chansonnette, sans oublier de se crêper le chignon en français comme en vietnamien. On sent l’écriture collective et la cohésion de groupe, qui ne font qu’ajouter au charme d’un spectacle repris au terme d’une tournée mondiale triomphale.

Ateliers Berthier
1 Place André Suares, 17e
Du 6 au 22 juin 2019

 

LA TRAVIATA (VOUS MERITEZ UN AVENIR MEILLEUR)

actrice du spectacle la Traviata
© Simon Gosselin

 

On commence par s’inquiéter. Sous un immense voile de gaze blanche couvrant tout le plateau, une bande de fêtards passablement dans le gaz achèvent leur nuit en forçant sur le champagne, l’absinthe et autres drogues d’époque. Ils s’enlacent et se trémoussent sur un rythme obsédant de rave party, meublé de quelques traits de musique dissonants façon free-jazz ou orphéon où l’on peine à reconnaître l’inspiration verdienne.

Va-t-on assister à la dé(con)struction d’un chef d’œuvre ? Ils parlent en français, ils chantent en italien. Les musiciens assurent. C’est bien du Verdi. On revient en terrain connu. Cette Traviata de poche a vraiment tout d’une grande !

Espace 1789
2-4 rue Alexandre Bachelet, Saint-Ouen
Le 24 mai 2019

 

LE BRUIT DES ARBRES QUI TOMBENT

Le bruit des arbres qui tombent © Nathalie Béasse
© Nathalie Béasse

 

On serait bien en peine de résumer la « pièce ». Une grande bâche noire que font virevolter les comédiens assis aux quatre coins de la scène. De la terre en veux-tu en voilà pour enterrer vivant un frère trop encombrant. De la danse aussi, de la musique, dans une hybridation avec les arts plastiques. Et par moment des scènes dialoguées, ou monologuées c’est selon, avec une petite préférence pour les parties étrangères non traduites.

En bref, renoncez à comprendre, et laissez-vous porter par l’expérience sensorielle et poétique proposée au théâtre de la Bastille (oui, n’ayons pas peur des mots). D’autant que celle-ci n’est pas dénuée d’humour, comme on a l’occasion de s’en apercevoir dans cette scène de touche-pipi revisitée avec des rondins en bois (chut, on n’en dit pas plus).

Une succession de tableaux donc, une sorte de rêve où l’on est happé de bout en bout, et dont on sort mécontent de se réveiller après une heure et demie de contemplation, qui nous a paru bien courte.

Théâtre de la Bastille
76 rue de la Roquette, 11e
Du 3 au 7 juin 2019