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Les Merveilles : un festival artistique et politique dédié aux trans et intersexes

Initiateur de la manifestation, le comédien Océan revient sur la nécessité de mettre en place un dispositif à la croisée de l’artistique et du politique pour faire entendre la multiplicité des voix des trans et intersexse. Rendez-vous à l’Entrepôt jusqu’au 2 novembre.

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23e marche Existrans, le 19 octobre 2019 – © Eva Sauphie

 

 « Assez de cette société qui ne respecte pas les droits des trans à enfanter ». Tel était l’un des slogans scandé à l’envi le 19 octobre dernier, lors de la 23e  marche des trans et intersexe, Existrans, qui s’est tenue dans le cadre de l’agenda de la première édition du festival Les Merveilles. Sur d’autres banderoles, c’est le nom de Vanesa Campos, prostituée transgenre assassinée par un groupe d’hommes en août 2018, qui était inscrit en lettres capitales. Un meurtre dénoncé par plusieurs associations de travailleurs du sexe comme Acceptess-T. Et par l’un des porte-parole de la communauté trans en France, Océan, initiateur du festival Les Merveilles. « Cet événement permet de mener des réflexions sur des sujets de société (ndlr : abordés autour de tables rondes), souligne celui qui s’est fait un nom en 2009 grâce à son spectacle militant  « La Lesbienne Invisible ». On parle des travailleurs du sexe, de la société patriarcale… Le public n’est pas nécessairement dans une réflexion par rapport au genre, mais par rapport à notre société », insiste le réalisateur et humoriste, pour qui il était important de proposer un festival ouvert à tous.

Les Merveilles, un événement inclusif

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Otto Zinzou, photographe – © DR

 

Si la question de la non-mixité s’est d’abord posée, le fondateur a jugé qu’il fallait replacer de l’inclusivité au cœur des événements queer, à l’heure où même les manifestations LGBT tendent, selon lui, à exclure les trans et intersexes de leurs espaces et débats. « Les LG (ndlr : lesbiennes et gay) sont avant tout cisgenres (ndlr : personnes dont l’identité de genre correspond à son sexe de naissance, par opposition aux transgenres). Ils ne se rendent pas compte de leurs privilèges. Ils ont plus de ressources que nous pour utiliser des outils communautaires », décrypte Océan, née Océane il y a 42 ans, dont le coming-out transidentaire a fait l’objet d’un web-documentaire réalisé par ses soins et diffusé sur France TV Slash en 2018. Cette série a donné naissance à un long-métrage qui sortira en salles le 13 novembre prochain.

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Océan d’Océan – en salles le 13 novembre 2019

 

L’inclusion reste le moteur du festival Les Merveilles. Dans le public, mais surtout parmi les invités : des artistes aux militants. « J’ai eu la chance de voir mon parcours médiatisé. Or, il reste celui d’une personne privilégiée. Je suis blanc et issu d’un milieu favorisé. Aussi, j’ai tenu à ce que le public accède à d’autres narrations  », revendique cet artiviste qui a ainsi dû redoubler d’efforts pour représenter une scène queer et métissée ». Parmi les artistes exposés, le jeune photographe non-blanc et non-binaire, Otto Zinsou, et ses portraits nocturnes de couples LGBT+, ou encore Rolim, peintre et dessinatrice trans originaire du Brésil. «Dans les événements queer plus institutionnalisés, les personnes racisées sont rares. Il faut aller les chercher ! », martèle Océan.

Des droits et des mesures concrètes

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Film « A Womb of Their Own » de Cyn Lubow projeté au festival Les Merveilles

 

Au programme des nombreuses tables rondes organisées dans le cadre du festival, une rencontre se tiendra, par exemple, autour de la transidentité, des P.O.C (ndlr : people of color) et des migrations (2 novembre). « Nous ne sommes pas dans le discours décoratif véhiculé par certaines structures LGBT tombées dans le politiquement correct, accuse Océan. Notre discours est radical. On s’adresse à l’état .» Parmi les principales revendications des militants : mettre fin aux mutilations intersexes, faciliter le changement d’état civil en passant par la mairie et non plus par le tribunal, permettre l’accès à la parentalité des personnes trans (à l’heure où la mesure de l’extension à la PMA à toutes les femmes – lesbiennes et célibataires – a été adoptée). « Une F to M (female to male) qui a enfanté doit, dans notre société actuelle, adopter son propre enfant », s’indigne le comédien. Et bien sûr, punir plus sévèrement la transphobie (discrimination à l’embauche, violences…). « Le festival donne de la visibilité à la communauté et montre à travers témoignages et récits (ndlr : films, performances, stand-ups, photographies, dessins…) que l’on n’est pas en dehors de la société mais bel et bien dedans », conclut Océan.

Festival Les Merveilles

Jusqu’au 2 novembre à L’Entrepôt, avec un DJ set de VIKKEN en entrée libre

7/9 rue Francis de Pressensé, Paris 14

Plus d’infos sur le site Les Merveilles