L’expo contre-attaque

Alors que le 16 décembre Star Wars : Le Réveil de la Force va accaparer la galaxie cinéma, les artistes de la galerie Sakura ont décidé de se rebeller en détournant les images de la saga. Pour mieux se les réapproprier et détourner le mythe.

38 ans ! Cela fait 38 ans que Luke Skywalker, la Princesse Leia, Han Solo et consœurs, se baladent sur nos écrans, dans nos coffres à jouets, sur nos tee-shirts, nos mugs ou nos dessus-de-lit. Logique donc que leur image et leurs objets transitionnels que sont les sabres laser ou leurs gros casques fassent partie de nos vies. Une aubaine pour les artistes de l’exposition qui n’avaient plus qu’à les extraire de leur routine galactique pour les glisser dans notre quotidien bien réel. C’est le cas dès le premier pas posé dans la galerie avec le cliché de Daniel Picard, simple mais détonnant : Dark Vador se soulageant dans un urinoir entouré de deux Stormtroopers montant la garde. Une situation de tous les jours, photographiée avec un réalisme extrême comme cette photo encore signée Picard, de R2-D2 étalé sur la route après s’être mangé un dos-d’âne, ou plus loin, celle de Ian Pool montrant Vador sur le trône en train de lire un magazine pour parents. Idem pour le Canadien Thomas Dagg qui insère, souvent discrètement d’ailleurs, du Star Wars dans des images de grandes villes enneigées comme le coffrage de carbonite emprisonnant Han Solo abandonné au milieu des poubelles dans une ruelle newyorkaise, ou ce Stormtrooper juché sur son Tauntaun des neiges dans une rue non déblayée. Autres photographes au graphisme hyperréaliste, Marc Trautmann, qui a crashé le Faucon Millenium en plein désert dans un superbe photomontage panoramique, ou Thierry Vivien, qui a immortalisé un Tie Fighter juste avant l’impact au-dessus d’un parking. Poussant même le sens du détail à placer au loin le pilote en train de s’éjecter avec son parachute.

Que la Pop Culture soit avec toi

Comme Andy Warhol en son temps avec les boîtes de soupe Campbell’s, douze street artists, Alben, Ali, Comon, Johanne8, Kashink, Madame Moustache, Nosbé, Pimax, Sixo, Smoh, Chanoir & Tetar, ont été invités à réinterpréter les casques des Stormtroopers, faisant écho à celui de Travis Durden serti de 15 000 cristaux Swarovski. De son côté, ce sont des figurines et notre mémoire collective que David Eger utilise pour rejouer le baiser de Times Square d’Alfred Eisenstaedt avec des Stormtroopers, en faire voler un à vélo devant la lune façon E.T., ou faire boire un coup à Han Solo avec des aliens dans un bar à la manière du Nighthawks d’Edward Hopper.

 

Le retour de l’Histoire

Point fort de l’exposition, les héros de Star Wars remontant le temps pour s’incruster au cœur de l’Histoire. C’est le cas avec Travis Durden qui greffe dans un étonnant choc des cultures les casques de l’Empire sur des corps de statues grecques. Agan Harahap lui, met en exergue les heures sombres de notre Histoire, comme avec cette photo choc de Dark Vador s’invitant à Yalta entre Churchill, Roosevelt et Staline, ou quittant une scène de massacre pendant la guerre du Viet Nam. Autre pan de l’Histoire exploré, celui des peintres flamands avec les clichés du français Sacha Goldberger qui après les super-héros fait poser en costumes d’époque avec une fraise autour du cou, Vador, les Stormtroopers ou C-3PO affublé d’une cape mordorée qui sied parfaitement à son teint. Que ce soit les pochoirs de C-3PO, R2-D2 ou Obi-Wan Kenobi sur lesquels Pete Ware a superposé des phrases clef de la saga comme « May the force be with you », ou encore les 12 colossaux totems de bois de 2,50 m représentant Dark Vador réalisés par l’artiste Alexandre Nicolas, l’expo contre-attaque parvient à réunir sur le même terrain les geeks et les amateurs d’art contemporain. Un exploit que seule la Force pouvait accomplir.