L’exposition photo de Médecins du monde : le poids des maux

Comme une « mise au poing » après déjà trente ans de combats contre l’exclusion, Médecins du Monde présente une exposition réunissant les travaux de six grands photographes contemporains. Tous racontent à leur façon la précarité et la vie en marge, sans voyeurisme ni atermoiement ; juste comme un appel à ne jamais se résigner.

« Nous ne nous tairons pas », annonce d’emblée le docteur Françoise Sauvignon, alors que l’association Médecins du Monde qu’elle préside affiche depuis peu, ses trente ans au compteur. Organisée un peu en aval de cet anniversaire, l’exposition « Mise au Poing » qui vient de s’installer à la Topographie de l’art, intervient finalement comme une sorte d’avertissement à l’approche des présidentielles.

 

  

Photographies de Denis Rouvre : à gauche « Nasrullah, demandeur d’asile, a été victime d’un
bombardement à Kandahar, en Afghanistan » et à droite, « Vic est britannique. Il est sans domicile fixe depuis 14 ans. Il souffre de lourdes pathologies qui fatiguent son corps et
entravent sa mobilité.

 

 

« Certains appellent au rejet, à l’exclusion, mais nous savons que l’avenir ne se forgera pas dans la violence, même si la tentation est parfois grande de se replier pour se protéger. » Pourtant, les faits sont là, et dans plus de 20 centres aujourd’hui, Médecins du Monde accueille et soigne chaque année, plus de 70 000 patients, sans papiers, sans domicile ou juste pour beaucoup, même si ce n’est que pour un temps, sans argent. Dans les clichés qu’elle expose ici, la photographe Valérie Jouve brouille ainsi fort justement les pistes, nous montrant quatre personnages dans la ville, dont on ne sait si leur situation est précaire ou non, histoire de nous rappeler la finesse des barrières, et que celui qui un jour a basculé, n’est pas, dans tous les sens du terme, loin de nous. Des regards pénétrants des modèles d’Alberto Garcia-Alix, aux ados sans papiers et sans âge, mi-graves et mi-souriants de Cédric Gerbehaye, en passant par le quotidien de Sara, petite Roumaine nomade qui veut voir la vie en rose, la réalité prend corps. Associée aux portraits géants de Denis Rouvre, une bande son laisse entendre les témoignages de ceux qu’on n’écoute plus, ajoutant à la rés​onance de cette expo, aux airs de coup de poing salutaire.

Jusqu’au 18 mars, Mise au Poing à la Topographie de l’art, 15 rue de Thorigny, 3è. M° Saint-Sébastien-Froissart. Du mardi au vendredi de 14h à 19h, les samedis et dimanches, de 11h à 19h. Entrée libre.