L’Ombre de Stella

Le portrait d’une femme de l’ombre, la secrétaire d’une star, partagée entre admiration et haine.

Vous souvenez-vous de Denis D’Arcangelo alias Madame Raymonde ? Mais si, ce comédien protéiforme (révélé dans Les Nuits fauves de Cyril Collard) capable d’incarner avec un même bonheur le Roi Lear ou Lady Raymonde sur une mise en scène de Juliette… Ca vous revient ? Le voilà de retour avec un monologue de femme inédit signé Pierre Barillet. Une histoire d’amour-haine et d’ambition, calibrée pour nous révéler les coursives souterraines d’un âge d’or révolu : cette époque d’avant-guerre où les déesses scintillantes du cinéma s’appelaient Greta Garbo, Annabella, Alice Cocéa, Michèle Alfa ou Viviane Romance. Le destin ambigu de l’une d’entre elles, Stella Marco, nous est ici relaté par Mylène Janvier, actrice de complément devenue sa secrétaire particulière, sa dame de compagnie, son amie souffre-douleur puis son infirmière. Parce que c’est bien payé et surtout parce qu’elle pourra (enfin) briller quelques instants, Mylène accepte de tout révéler sur l’Autre. Et ça dépote : quels abîmes et vertiges, quelles fascinantes obscurités ! Autant d’aveux gagnés sur les larmes d’une femme brisée, vampirisée, engluée dans une servitude volontaire qui lui coûta sa propre vie. Marius Strasser (scénographie) et Thierry Harcourt (mise en scène) ont misé sur un théâtre épuré où la maîtrise et l’intensité du jeu révèlent, hors de tout artifice, la vérité des relations humaines et des rêves qui s’abîment. Le choix est heureux : seul sur ce plateau nu, costumé par Michel Dussarat et subtilement éclairé par Jacques Rouveyrollis, Denis D’Arcangelo a ce qu’il faut de mordant, de gouaille et de sensibilité pour ressusciter ces stars oubliées, parfois promptes à faire des choix durant l’Occupation. Il nous empoigne avec un savoureux mélange de sagacité populaire et d’épaisseur humaine, et fait de ce monologue sans concession une épopée émotionnelle. Sombre et étincelante.

Jusqu’au 11 juin, du mardi au samedi à 20h30, dimanche à 15h30. Théâtre du Rond-Point, 2 bis avenue Franklin D. Roosevelt, 75008. Salle Jean Tardieu.  M° Franklin D. Roosevelt. Places : 16-31€.  Tél. : 01 44 95 98 21. www.theatredurondpoint.fr