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Louis Garrel, le surdoué

Si vous pensez que Louis Garrel n’est que l’éternel séducteur bobo taciturne en duffle-coat du cinéma français, vous vous trompez ! À l’occasion des Deux amis, sa première et enthousiasmante réalisation sur l’amour et l’amitié, nous avons rencontré un jeune homme charmant certes, mais surtout drôle, intelligent et attachant.

Pourquoi avez-vous eu envie de faire ce film ?

Louis Garrel : Je voulais vraiment raconter une histoire entre deux amis. Même s’ils ont un petit côté Laurel et Hardy, qu’ils ne sont pas intégrés, qu’ils n’ont pas de vie – quand on pense à Laurel et Hardy c’est un peu dingue, ils sont tout le temps ensemble, ils n’ont pas de femmes, ils dorment ensemble – je voulais un couple comme ça, un peu cartoonesque. Mais je tenais à ce que lorsqu’ils se parlent, ce soit vraiment des conversations intimes, tendres, à cœur ouvert. Je souhaitais essayer de décrire ce que c’est que ce genre d’amitié, qui me plaît et que j’avais l’impression d’avoir beaucoup vu au cinéma. Ce genre de sensualité entre deux garçons, ce rapport où la présence physique de l’autre est très agréable. Que ce ne soit pas des potes, quoi !

 

Pourquoi avez-vous eu envie de passer à la réalisation ?

J’aime bien partir « en équipée » comme ça. Une des ambitions que j’ai, c’est d’essayer de réunir autour de moi des gens, de les stimuler, et de leur donner envie de faire le film que j’avais imaginé, et que chacun participe. C’est un travail de groupe génial.

 

Vous allez continuer à faire des films ?

Oui, j’aime bien ça. J’ai prévu d’en faire d’autres si on m’en donne les moyens.

 

Pourquoi avez-vous tenu à tourner en pellicule 35 mm ?

Il y a une sorte de tension qui se crée, et c’est vrai que pour jouer il faut une sorte de tension. J’ai l’impression que les gens sont plus concentrés aussi. Ils se disent : « Tiens c’est plus sacré, plus précieux ».

 

Ce personnage de séducteur taciturne, c’est vous ?

Pas tant que ça, parce qu’il est quand même un peu fou le mec. Non, ce qui peut me ressembler, c’est que je dissimule mon anxiété à travers une façade un peu austère.

 

Vous êtes à l’affiche de beaucoup de films d’auteurs. Vous n’avez pas envie de faire autre chose parfois ?

C’est drôle, maintenant que je fais des avant-premières en province avec le film, je perçois que les gens ne nous connaissent pas forcément. J’ai envie maintenant d’imaginer une histoire qui pourrait peut-être toucher plus de monde. Quand je tourne, je ne me dis jamais : « Tiens, je fais un film d’auteur ». Je fais ce qui me touche moi, que j’ai envie que les gens regardent. Et je vois qu’il y a parfois des formes qui sont peut-être plus grand-public.

 

Avez-vous conscience d’être une sorte d’égérie ?

J’ai déjà lu ce genre de formule, mais de là à le penser de soi-même… Après, ce qui est compliqué quand on est acteur, c’est que ce ne sont que des personnages. Peut-être que moi je ne me change pas autant que Vincent Cassel se change dans ses films. Je l’admire beaucoup d’ailleurs, il pourrait même me rendre jaloux, mais je ne me lève pas le matin en disant : « Bonjour. Égérie du cinéma d’auteur ».

 

Pour terminer, qu’est-ce que les gens vous disent lorsqu’ils vous reconnaissent dans la rue ?

« Est-ce que vous pourriez me signer un autographe, c’est pour une amie ». Toujours. Après, on est comme un objet. On sert aux gens. Le type, il a besoin de la signature d’un tel pour draguer une fille, moi je suis hyper content de signer un autographe. Si je peux rendre service, je suis toujours ok.

 

Un mot de conclusion ?

Restons calme.