Luiz Ruffato au Salon du livre

Invité du Salon, l’écrivain Luiz Ruffato a sélectionné et présenté le recueil Brésil 2000-2015, qui donne un brillant aperçu de la littérature brésilienne contemporaine. Il nous raconte sa passion, ses regrets et espoirs.

Vous êtes de milieu ouvrier. Comment êtes-vous venu à la littérature ?

Mes parents étaient des enfants d’immigrants misérables venus d’Europe. Ma mère était analphabète, fille d’Italiens de la Vénétie, et mon père était semi-analphabète, fils de Portugais. J’ai obtenu un CAP de tourneur-mécanicien avant d’étudier le journalisme à l’université fédérale de Juiz de Fora. Ma rencontre avec la littérature s’est faite au moment où, lecteur vorace et discipliné, j’ai compris que la petite bourgeoisie n’était pas représentée dans la littérature brésilienne. J’ai alors résolu d’écrire sur ce sujet, même si ce n’est pas l’unique thème auquel je me consacre.

Quel est l’écrivain qui vous a le plus influencé ?

Je ne pense pas en terme d’influences, ce serait trop prétentieux. Je pense à des écrivains qui d’une certaine façon m’ont ouvert des voies que j’ai fini par parcourir : le Brésilien Machado de Assis, l’un des plus grands écrivains de tous les temps toutes langues confondues, Anton Tchekhov, William Faulkner, Alfred Döblin, Honoré de Balzac…

Quel fut l’impact de la dictature sur la littérature ?

Il y a eu un moment où quelque chose s’est produit, en terme de littérature, pendant la dictature à la fin des années 1970 et au début de la décennie suivante, en général des romans-documentaires, qui marquent bien leur époque mais qu’aujourd’hui plus personne ne lit… Ensuite, peu de choses ont été écrites sur le sujet. Comme pour tout au Brésil, notre tendance est de ne pas parler du passé, ce qui est une façon trompeuse de faire croire que les blessures sont guéries… Et ainsi continuons-nous à nous battre contre nous-mêmes. L’an dernier, lors du cinquantenaire du coup d’État militaire, l’une des rares initiatives littéraires qui ont été prises a été une anthologie que j’ai dirigée moi-même, Nos idos de março (Nos Ides de mars), qui comprend plusieurs nouvelles sur cette période…

Est-ce que la jeunesse brésilienne rêve de littérature ?

Pas grand monde ne lit au Brésil… Ceux qui le font, peu nombreux, lisent les best-sellers anglo-américains, ou des livres religieux, ou de développement personnel.

Comment avez-vous procédé à la sélection de l’anthologie Brésil 2000-2015 ?

Je suis de près la production littéraire contemporaine et cela ne m’a pas été difficile de réfléchir à ce recueil qui paraît en France. La difficulté était plutôt de choisir seulement 25 auteurs. Je suis parti de certains présupposés : un équilibre entre hommes et femmes ; des auteurs représentant un maximum de régions du Brésil ; des auteurs de différentes générations. J’ai donc essayé d’offrir au lecteur un tableau aussi large que possible. Evidemment il y a des manques, il s’agit plutôt d’un aperçu général. Cependant je peux affirmer que le lecteur aura en main non pas un ensemble de nouvelles choisies de manière aléatoire pour satisfaire le goût personnel de son organisateur, mais des textes courts de fiction, d’auteurs représentatifs de plusieurs points de vue dans la société brésilienne. Je dois quand même dire, avant qu’on ne me le reproche, qu’il y a un manque énorme : la faible présence dans cette anthologie d’auteurs afro-descendants (seulement deux, Paulo Lins et Paulo Scott), et une totale absence d’auteurs indiens. Ne me tenez pas pour responsable, tenez plutôt pour responsable la société brésilienne qui maintient les Afro-descendants et les Indiens en marge de l’éducation, seul moyen d’accéder à une meilleure condition sociale, seul chemin possible vers la littérature.

Que représente pour vous le Salon du livre de Paris ?

Une chance de montrer que le Brésil n’est pas seulement carnaval, football, forêt amazonienne et plages…

Appréciez-vous Paris ?

Depuis 2005, je viens à Paris au moins une fois par an. Et je veux le faire chaque année jusqu’à la fin de ma vie car cette ville m’a toujours surpris, et c’est celle qui m’émeut le plus…


Recueil Brésil 2000-2015, présentation et organisation par Luiz Ruffato, Métailié, 301 p., 12 €.
A lire aussi : Luiz Ruffato, À Lisbonne j’ai pensé à toi, Chandeigne, Traduit du portugais par Mahtieu Dosse, 112 pages, 16 €.