Madame Bovary

De deux choses l’une : soit vous étiez décrocheur scolaire assigné au dernier rang à l’incandescence du radiateur, et ce monument de la littérature française (1857) vous est inconnu, soit il est pour vous inoubliable.

Adolescent, l’auteur-adaptateur Paul Emond a succombé à la belle Emma Bovary, puis aux sollicitations d’amis l’exhortant à porter à la scène le roman de Flaubert. Une gageure. En s’attelant à ce monstre littéraire porteur de tant de fantasmes, il  ose une version originale d’une heure trente : un mix de farce normande et de cabaret brechtien irrigué par la langue acérée de Flaubert.

L’idée : faire entendre en quoi la rage de vivre de cette provinciale du XIXè siècle est actuelle.  Souffreteuse et éthérée Madame Bovary ? Non, une force brute, terrienne, ivre de littérature, d’évasion et de passion. Bousculant les codes, les metteurs en scène Sandrine Molaro et Gilles-Vincent Kapps installent les protagonistes dans un dispositif minimal : quelques chaises, un fond champêtre, quatre comédiens-bateleurs chargés de conter, incarner et chanter la grande épopée d’Emma Bovary avec quelques instruments à portée de main (guitare, piano d’enfant, violon, accordéon, harmonica…).

Sans plus de cérémonial, on est prié d’entrer dans cet implacable traité des passions humaines ponctué d’intermèdes musicaux truculents. Alternant dialogues et monologues, multipliant les adresses au public, superposant les personnages, les saynètes se bousculent qui composent un formidable électrocardiogramme d’une société corsetée avec en bonus, une belle révolte romanesque contre l’ordre établi. L’affaire est si alertement articulée et les comédiens-narrateurs si enthousiastes (Gilles Vincent-Kapps, Félix Kysyl ou Paul Granier, Sandrine Molaro, David Talbot) que l’attention ne retombe jamais. Madame Bovary questionne toujours notre propre capacité à l’audace.

Note : 4/5