Marjane Satrapi entend des voix

Après avoir été inspirée par l’Iran et son shah dans Persepolis, Marjane Satrapi filme Ryan Reynolds en psychopathe (mal) inspiré par son chat dans The Voices. Un thriller mi-drôle, mi-gore qui permet à la réalisatrice de partir à la conquête de l’Amérique, et qui nous donne l’occasion de la rencontrer.

Qu’est-ce qu’il y a d’autobiographique dans ce film ?

Marjane Satrapi : Eh bien, je suis une serial killer, évidemment ! Depuis le temps que vous me connaissez, vous vous en étiez bien rendu compte, non ? Plus sérieusement, j’ai dû me mettre dans la tête d’une personne psychotique et imaginer ce que moi, j’aurais fait. Comme ça, vous le savez : si moi je tue, je vais faire des murs de Tupperware avec de la viande dedans.

Il faut donc se méfier quand on vient dîner chez vous !

Exactement ! Il faut toujours se méfier de ce qu’il y a dans votre assiette. Est-ce que vous vous êtes documentée sur la schizophrénie pour faire ce film ? Sincèrement, si je dois faire un film sur la schizophrénie et que je réalise ce film, ça fait de moi la personne la plus irresponsable du monde… Il s’agit d’une comédie horrifique. Donc ce n’est pas vraiment un schizophrène. Je l’appelais “psychotique”. Il est taré, quoi ! Mais on a eu notre serial killer, nous aussi. Jeanne d’Arc ! Elle a tué pas mal de monde et elle entendait des voix, sauf qu’elle a sa statue partout (rires). J’arrête, je vais me mettre toute la France catholique à dos.

Quelle a été la chose la plus difficile à faire sur ce film ?

Rendre le personnage principal sympathique. Dans le scénario, c’est écrit : « Le type, il est sympa. » Mais moi, je ne peux pas faire une déclaration qui dit : « Le type que vous allez voir est très sympa. » Donc il faut le montrer. C’est un boulot. Un tournage américain, ce n’est pas trop stressant ? En fait, j’adore le stress. Si j’ai juste un petit problème, comme un interrupteur qui ne fonctionne pas, ça me pourrit la vie. Mais si j’ai deux mille problèmes, tout va bien.

Et diriger le chat, c’était compliqué ?

Oui. Un chien, vous lui dites : « Assis, debout », il comprend. Un chat, c’est différent. Ça ne veut pas dire qu’il a moins de neurones, au contraire, c’est juste qu’il vous dit du regard : « Vas te faire foutre ! » Moi, je voulais absolument donner au chat un peu de mon Lexomil. Pour les Américains, c’était hors de question, ça pouvait faire mal aux animaux. Mais quel mal ? Moi, je prends du Lexomil, je ne meurs pas. On voulait juste lui donner un petit truc pour le calmer. Mais non, c’était hors de question !

C’est quoi, la suite de cette aventure ? Réaliser d’autres thrillers ?

Non, non. Je ne compte pas me spécialiser dans les serials killers. On m’en a proposé plein, mais non. Il suffit que j’en fasse deux à la queue-leu-leu et c’est foutu, je ne vais plus faire que ça jusqu’à la fin de mes jours ! J’aimerais essayer tous les genres de films avant de mourir : une comédie musicale, un film de guerre, une comédie romantique où à la fin des gens décident de ne pas se marier par exemple, parce que le mariage c’est nul. Peut-être même un film expérimental comme si j’avais pris du LSD.

Pour terminer, qu’avez-vous envie de dire à ceux qui vont aller voir votre film en pensant voir l’émission The Voice sur grand écran ?

Ce n’est pas The Voice sur grand écran, parce qu’il y a un “s” à la fin, d’abord. Et ce n’est pas parce qu’il y a un chat et un chien qui parlent qu’il faut qu’ils emmènent leurs enfants de 5 ans, parce qu’ils vont se faire pipi dessus. À partir de 12 ans, on peut aller voir ce film. Et s’ils n’aiment pas le film, je vais leur envoyer le chat !

The Voices de Marjane Satrapi, avec Ryan Reynolds, Gemma Arterton et Anna Kendrick. Comédie noire. Sortie le 11 mars.