Mathieu Janin – Moi, président

Le Serpent à plumes se lance aussi dans le roman policier, et a choisi un primo-romancier pour s’imposer dans ce secteur très convoité.

Les fantômes de la politique française

Mathieu Janin n’est cependant pas n’importe qui. Ancien journaliste au Parisien et rédacteur en chef à VSD, il a de la bouteille et une bonne main qui donne à son écriture le swing et l’humour nécessaire pour accrocher notre attention du début à la fin. Son récit se déroule pendant le second tour de l’élection présidentielle de 2017. Le député maire de Bezous, Jean-Jacques Vautier, semble rassembler tous les suffrages. Il a fait de l’ordre sa principale thématique, dénonçant les voitures qui brûlent. Et pourtant, certains le soupçonnent d’avoir payé une équipe de voyous pour commettre ces actes violents et justifier ainsi sa politique sécuritaire. Mais un vague localier du Francilien, Nikos Aliagas, ne le lâche pas. Il y a de tout dans ce livre, le récit et l’énigme menés sans baisse de tempo, mais aussi ce qui forme souvent la dimension essentielle du policier, l’immersion dans un milieu, ici la politique locale et le journalisme régional que Mathieu Janin connaît bien et dont la description contribue à la qualité du livre. Le localier bâcleur se promène entre exaltation, ennui, alcool et échecs sentimentaux. Il supporte tant bien que mal le patron de son agence, Renan Kermadec, obsédé par le fait divers, lui-même confronté à l’ambition des jeunes journalistes rêvant d’être des Joseph Kessel. Tout cela offre un panel psychologique assez riche, sans oublier quelques belles femmes dans la bonne tradition, des Natacha ou Karima. Si elles ne résistent pas à des Louboutin, et ont des allures de femmes fatales, elles ne renoncent pas à une certaine tendresse. Une entrée réussie dans l’univers noir. 

Le Serpent à plumes
21 €, 330 pages.