Matthias Schoenaerts : le talent brut

Il nous avait mis une dérouillée artistique dans De rouille et d’os. Aujourd’hui, il met son talent brut de décoffrage au service de A Bigger Splash. Un thriller amoureux brûlant, inspiré du film La Piscine dans lequel il reprend le rôle d’Alain Delon. Rencontre avec le mâle.

Pourquoi avez-vous accepté le rôle de cet homme déprimé qui tente de reconstruire son couple, mais qui se retrouve tenté par la femme de son ami ?

Matthias Schoenaerts : Je trouvais intéressant de faire ce portrait de quatre personnes qui n’arrivent pas à s’exprimer ou qui expriment l’inverse de ce qu’elles veulent vraiment. Et tout aussi intéressant, ce jeu de désirs de manipulations et d’angoisses.

Pensiez-vous un jour interpréter un des rôles d’Alain Delon ?

Ah, non ! On ne touche pas à Alain Delon ! Mais comme c’est une réinterprétation, je me suis dit, voilà. Et, jusqu’à présent, je n’ai pas vu le film original, car j’avais envie d’être ouvert et libre sur le sujet. Et en plus, on voulait vraiment faire un autre film.

Est-ce qu’on a du mal à quitter son personnage en rentrant chez soi ?

C’est un état d’esprit qui m’habite pendant un certain temps, mais je n’ai jamais l’impression que je deviens quelqu’un d’autre. Pour moi, ce n’est pas entrer dans la peau de quelqu’un, c’est laisser entrer quelques éléments sous sa propre peau. Ça nous affecte, ça nous change temporairement pour un projet, mais voilà.

Comment choisissez-vous vos rôles ?

Ce qui m’intéresse le plus, c’est : « Qu’est-ce que le scénario et l’histoire racontent sur les rapports humains ? Sur l’être humain ? Sur la bête humaine ? Qu’est-ce qu’on partage avec le spectateur ? Est-ce que ça me semble important ? Est-ce que ça vaut le coup ? ».

C’est pour ça qu’il n’y a pas beaucoup de comédies dans votre filmographie ?

Oui. Pourtant, j’adore les comédies. Mais c’est un genre très, très, difficile, il n’y en a pas beaucoup de bonnes. J’aimerais quand même bien en faire une.

Quel effet ça fait d’être un sex-symbol ?

Je ne sais pas. Après, une grosse partie de ce qu’on fait est basé sur la séduction. Il faut assumer, mais je ne trouve pas ça très important. Donc je ne sais pas ce que je dois en penser, en fait.

Vous représentez la marque Louis Vuitton. Quel effet ça fait d’être une égérie ?

Ça fait partie du boulot. Il y a plein de comédiens à qui on demande d’être le visage d’une marque. Je ne suis pas photo modèle non plus. Mais je trouvais ça assez spécial, parce qu’avant, ils avaient eu Sean Connery ou Mohamed Ali. Je me suis dit : « Waouh, c’est quand même un honneur qu’on me propose ce genre de campagne ».

Est-ce que vous avez pris la grosse tête ?

Ah oui, absolument ! Non, pas du tout… J’essaie toujours de remettre les choses en perspective, donc pour moi, je n’ai pas trop changé dès que la folie a commencé. Après, tout nous change, tout nous affecte, et tout ce qu’on vit dans la vie nous influence d’une façon ou d’une autre. Mais j’espère que non. Dites-moi le jour où ça m’arrive.

Vous dites quand même : « dès que la folie a commencé ».

Oui, parce qu’il y a quand même une augmentation de presse, d’avant-premières, de tout ça. Ça envahit la vie jusqu’à un certain point. Il faut trouver un équilibre, savoir dire non. Le seul pouvoir qu’on a dans la vie c’est de dire oui ou de dire non.

Un mot de conclusion ?

Continuez à sourire, c’est tout. C’est ça qui compte dans un monde qui est tellement fou. Essayer de sourire, de prendre du plaisir et de ne pas trop se prendre la tête. La vie ne dure pas tellement longtemps, donc il vaut mieux prendre du plaisir.

A Bigger Splash, de Luca Guadagnino, avec Tilda Swinton, Matthias Schoenaerts, Ralph Fiennes, et Dakota Johnson. Drame. Sortie le 6 avril.