Mémoires d’un fou

Il fallait une certaine folie plutôt revigorante pour parcourir à pied les routes de France et d’Europe afin de porter la parole théâtrale avec sa Cie le Théâtre de l’Etreinte créée avec l’auteur Philippe Fenwick en 1998.

Favoriser l’accès de tous à la parole poétique, voilà ce qui a toujours guidé William Mesguich.

Dopé par un désir de théâtre chevillé aux tripes, cet amoureux du verbe se prête aujourd’hui à l’exercice solitaire en s’emparant du récit de jeunesse en partie autobiographique que Gustave Flaubert a écrit à 17 ans. Une gageure de taille puisqu’il s’agit d’accompagner l’écriture à vif de cette œuvre introspective datée de 1838, d’en saisir au vol tous les soubresauts intimes et obscurs. Le verbe bouillonnant et acéré, Flaubert y exsude ses peurs teintées de rêve, son âme gangrenée de doutes, son aversion pour le monde mais aussi sa première passion pour une femme, Maria, son éternel amour. Sans plus de cérémonie, il nous est demandé d’entrer dans la psyché torturée d’un rêveur doté d’une « humeur indépendante et railleuse ».

Encerclé de feuillets, poignant dans ses silences ramassés et ses pulsions soudaines, William Mesguich sculpte cette prose concassée avec une telle urgence qu’elle devient envoûtement. Des esprits chagrins objecteront qu’il y a là une orgie d’effets visuels et sonores (lumières stroboscopiques, projections vidéos, virgules musicales…). Mais tout cela participe de la beauté électrisante d’intensité humaine et romanesque de cette confession fascinante.

A ce texte ciselé comme une dague, répond avec puissance une mise en scène (Sterenn Guirriec) tout en pugnacité rageuse. Nous reste cet écho cinglant et précieux d’une vie d’homme hors norme qui éclaire la force d’une œuvre…comme L’Education sentimentale que Flaubert écrira trente-et-un ans plus tard. Foncez !