Michaël Hirsch dans Pourquoi ?

Difficile d’évoquer le premier spectacle de Michaël Hirsch et sa prestation en tant qu’auteur et interprète sans une armée de superlatifs. Il est de ces humoristes qui se plaisent à parier sur la subtilité et l’absurde. C’est rare, donc précieux.

Le petit frère de délicatesse de Stéphane De Groodt, un obsédé textuel façon Devos. Une chose est sûre : l’apparition de la comète Hirsch est réjouissante. À tout juste 27 ans, ce petit prince du verbe aime les mots : les mystérieux, les évocateurs, les lunaires, les rieurs, etc. Certains ont un parfum d’ironie tendre, d’autres sont piquetés d’humanisme bien dosé. Avec lui, ils ont une histoire, une saveur et déclenchent une kyrielle d’interrogations drolatiques. Conçu comme une mini odyssée existentielle, son « seul en scène » théâtral explore en un cycle de vie (de l’enfance à la retraite), le vagabondage cérébral d’un personnage s’interrogeant sur à peu près tout : l’enfance, la vocation, l’amour, l’art, le sommeil, etc. On le voit d’abord en gamin parfait d’innocence : « Dis papa, pourquoi y a des sans-papiers et des avec papiers ? » S’ensuit une vague de questions-réponses ciselées comme des dagues. Dégaine d’ado en jean-baskets et faux airs de Bradley Cooper, ce « condamné à perplexité » enquille mots d’esprit, calembours, euphonies… tous calibrés pour faire mouche. On déguste cette finesse de trait comme on sirote un cocktail, en espaçant les gorgées pour en profiter longtemps. Ça n’a l’air de rien, mais ça parle de tout : du temps qui file, des choix à faire, du crépuscule des illusions, du petit théâtre de la vie, avec un timing comique dopé par la mise en scène inventive d’Ivan Calbérac. Drôle, burlesque, touchant et stimulant.

Note : 4/5