Michel Gondry retombe en enfance

Metteur en scène de rêves et touche-à-tout génial, Michel Gondry est de retour après l’ambitieux L’Écume des jours et le pointu Conversation animée avec Noam Chomsky. Typique de son œuvre, Microbe et Gasoil raconte la fugue, aux résonances autobiographiques, de deux ados lunaires dans une voiture bricolée. Il ouvre pour nous sa malle aux souvenirs.

Pourquoi avez-vous eu envie de faire ce film ?

Michel Gondry : Je me suis souvenu qu’enfant je me liais toujours avec des copains de classe qui étaient des exclus, des cas sociaux ou des gens rejetés par la moyenne, par le groupe. J’habitais un quartier très conservateur et ma famille était un petit peu hippie. Du coup, j’étais aussi un peu à part. Donc j’ai eu envie de faire un film sur ce qui rapprochait deux camarades qui se sentaient exclus. Microbe me représente un petit peu, tandis que Gasoil, c’est une compilation de différents copains que j’ai eu.

Quel était votre surnom à l’école ?

En CM2, on m’appelait la crevette musclée. J’étais maigre et assez nerveux, c’est vrai, mais je n’étais pas vraiment musclé pourtant.

Qu’y a-t-il d’autobiographique dans ce film ?

Toute la première partie est très proche de la réalité et la deuxième, disons que c’est un rêve au sens propre et figuré. J’ai fait des rêves qui m’ont guidé pour écrire, et enfant, j’avais moi aussi essayé de construire une voiture avec des amis. On comptait partir à travers les routes de France se balader, mais on ne l’a pas terminée.

Vous aviez vraiment commencé à fabriquer une voiture dans votre garage ?

Oui. Un ami qui s’y connaissait bien en électricité nous avait même fait des électroaimants, les mêmes que ceux qui renvoient les balles dans les flippers. Avec un autre, on avait collecté des métaux dans les rues et en les revendant, on avait récupéré assez d’argent pour s’acheter un kart à moteur. Et c’était génial ! On fonçait dans les rues de Versailles. Avec mon frère, on avait aussi essayé de fabriquer un planeur, mais il n’a jamais volé. Je ne suis pas un fan de voitures ou de motos, mais l’idée de se construire un engin qui fonctionne, ça, ça me tenait à cœur.

Est-ce que vous bricoliez aussi votre vélo ?

Nos parents nous avaient acheté des vélos, et on habitait à côté d’une toute petite barre de HLM où les jeunes avaient des vélos complètement dépouillés. Un jour, on a voulu les imiter et on a enlevé les garde-boue et les freins, pour que nos vélos soient cross aussi. Et nos parents étaient furieux.

Est-ce que, comme Microbe et Gasoil, vous avez fugué quand vous étiez enfant ?

Dans ma famille, on n’avait pas besoin de fuguer, on faisait ce qu’on voulait !

Votre mère était vraiment hippie, à l’instar du personnage interprété par Audrey Tautou dans le film ?

Oui, on assistait avec ma mère à des conférences d’un maître bulgare. On nous apprenait des manières spirituelles de faire l’amour qui étaient en contradiction totale avec mes rêves secrets.

D’où les dessins osés que Microbe cache sous son matelas. C’est aussi autobiographique ?

Oui, tout à fait. J’avais fait une collection de dessins. Il n’y avait pas internet à l’époque. Je ne voulais pas les jeter après utilisation, parce que je les trouvais quand même bien, et j’étais un peu orgueilleux. Je les avais cachés sous mon matelas, mais ma grand-mère les avait trouvés.

Dans le film, Microbe se prend un râteau dans une boum. Ça vous est arrivé ?

Oui, comme dans le film, je me suis fais jeter par cette fille dont j’étais amoureux. Tout le monde me dit : « Vas-y, vas-y, tu as la cote, va danser avec elle. » J’y vais, elle me dit non, je lui demande pourquoi, elle me répond : « Tu es trop petit. » C’était horrible ! Et j’étais vraiment très timide. Mais on ne buvait pas à l’époque. Il n’y avait pas de quoi se désinhiber.

Vous faisiez vraiment plus jeune que votre âge ?

Oui. Ça, ça a été gênant par rapport aux filles. Quand mon frère, qui avait un an et demi de plus que moi, s’est imposé dans mon groupe d’amis en 4e ou en 3e, il est devenu très populaire, et il est sorti avec la fille dont j’étais amoureux.

C’était aussi le thème de votre court-métrage La Lettre, ça ! Ça vous a marqué, on dirait ?

Oui. C’est vrai que je reviens souvent dessus. À l’adolescence il y a des plaies qui s’ouvrent et qui ont du mal à se refermer. Mais c’est pardonné, même si parfois je me le rappelle et je lui dis : « Quand même, tu as m’as piqué la fille que j’aimais. »

Est-ce que comme dans le film, cette fille vous a écrit une lettre ?

Oui, elle m’avait envoyé cette lettre que je pensais être une déclaration d’amour, et je n’osais pas l’ouvrir. Et puis, quand je l’ai ouverte, il y avait juste son adresse de vacances. Je me souviens que je lui avais fait un dessin et envoyé une lettre au début des vacances. Et pendant toutes les vacances, j’ai attendu la réponse. Et je ne l’ai jamais eue.

De quoi rêvez-vous maintenant ?

De continuer à faire des films, et d’avoir une copine, je ne sais pas.

Encore ?

Oui ça reste, c’est toujours le même problème.

Microbe et Gasoil de Michel Gondry, avec Ange Dargent, Théophile Baquet et Audrey Tautou. Comédie. Sortie le 8 juillet.