Mode in Africa au Who’s Next

Le salon Who’s Next, qui a réuni les professionnels de la mode du 7 au 10 septembre Porte de Versailles, a choisi une thématique riche et passionnante qui résonne comme une promesse de découvertes : “Africa Street”. L’occasion, alors que l’Afrique n’en finit pas d’inspirer la mode occidentale, de découvrir la nouvelle création issue d’un continent qui compte pas moins de 54 pays et autant d’histoires. Fort de ses traditions, mais bien loin des clichés.

 

Tee-shirts de Pop Caven
Tee-shirts de Pop Caven © Lago54

 

« L’Afrique est à la mode », clamait un ouvrage de la journaliste et critique d’art Bérénice Geoffroy-Schneiter paru aux éditions Assouline en 2005. Un premier constat d’intérêt, modulé déjà alors par l’idée que les jeunes stylistes africains, quoique faisant preuve d’une extraordinaire audace, peinaient à sortir du carcan “ethnico-folklorique” qui les enserrait. Leur challenge était ainsi dès lors d’imposer une création moderne et novatrice, sans toutefois renoncer à leur héritage, fait de parures et de textiles comme nulle part ailleurs. Le wax, entre autres, dira-t-on ? Définitivement non, car si cet imprimé adopté en masse en Afrique, mais venu d’Indonésie, a eu pour mérite de « permettre à des marques afro-françaises de s’engouffrer dans le monde de la mode », comme le reconnaît Emmanuelle Courrèges, journaliste devenue créatrice de la plateforme de mode africaine haut de gamme Lago54, il est l’heure, comme elle le disait dans une conférence lors du Who’s Next, de penser à “l’après”.

 

L’authenticité en étendard

Boucles d'oreilles à clip Benian de Karidja et Khadija
Boucles d’oreilles à clip Benian de Karidja et Khadija © Nelly Wandji

 

« La mode du wax a eu une influence néfaste sur l’industrie textile en Afrique, où on a mis de côté les tissus traditionnels, comme le kenté, par exemple, et les vrais savoir-faire du continent », explique Nelly Wandji. Il y a quelques années, cette entrepreneuse d’origine camerounaise a décidé de montrer, via un site internet puis un cabinet de curiosités dans le 8e arrondissement, que la mode africaine pouvait receler de vrais trésors. Et ce, malgré une production à toute petite échelle encore, faute d’organisation.

Mais comme l’explique celle qui mélange vêtements, bijoux et même pièces de décoration luxueuses finalement très accessibles dans sa boutique, le prix de créations “couture” made in Africa peut encore être un frein au succès des jeunes stylistes locaux, pour une clientèle occidentale habituée aux petites jupes crayon à 60 euros, comme aux colliers de perles basiques et autres paniers estivaux. D’autant que la mode du continent est évidemment, comme le souligne Emmanuelle Courrèges, davantage tournée vers les collections estivales, à l’exception de l’Afrique du Sud, déjà réputée pour ses pièces en laine tissée.

 

Épure et messages

Robe Loza Maléonbho
Robe de la créatrice Loza Maléombho © Lago54

 

Dans la lignée d’un starissime Azzedine Alaïa (hors catégorie), d’un réputé Xuly Bët (dont le pseudo signifie en wolof « Tu veux ma photo ? ») ou d’un très respecté quoique plus méconnu Alphadi, émerge une multitude de créateurs dont les pièces, modernes, enthousiasmantes et souvent sobres, commencent à essaimer. Chez nous, on dira que des expositions comme celles qui furent consacrées à des artistes comme Seydou Keita et Malick Sidibé ou encore la thématique Beauté Congo à la Fondation Cartier auront attisé la curiosité du public. La contribution de célébrités comme Michelle Obama, Solange Knowles ou sa sœur Beyoncé, portant les vêtements de créateurs comme l’ivoirienne Loza Maléombho aura fait croître leur notoriété aussi, en même temps que la fierté de leurs confrères.

« Il existe une grande solidarité entre les créateurs africains », explique Sherif Sy, fondateur de l’Atelier Meraki à Paris, qui aura invité trois marques africaines (Afrigarde, M+K Nairobi et Taku Dlamini) à venir pour la première fois à Paris lors du prochain Who’s Next. Et de reprendre : « Cela s’explique par une nécessité de porter un message, même de façon subtile, qu’il s’agisse d’évoquer la pauvreté du continent, le droit des femmes ou les crises politiques. La création africaine est portée par le “nous”, même si peu à peu, avec la nouvelle génération digitalisée, elle évolue vers le “je” ».

Dans cette optique à la fois traditionnelle et moderne, la marque nigériane Pop Caven représentée par Lago54 donne ainsi un nouveau sens aux tee-shirts à messages, rappelant les origines africaines du cola, ou, mieux, toutes les possibilités d’un continent en une seule phrase : “Africa is not a country”. Un univers de possibles, plutôt.

Lago54, plateforme d’information et e-shop de créateurs africains haut de gamme, pièces de mode, accessoires et lifestyle.

Nelly Wandji, cabinet de curiosités
93 rue du faubourg Saint-Honoré, 8e
Métro Miromesnil

Retrouvez plus d’information sur la création africaine et e-shop de Nelly Wandji : ici.

Owl Paris, 38 rue Caulaincourt, 18e
Boutique de créateurs qui mélange wax et pièces sobres, tee-shirts à messages, accessoires…